Rhapsodie des oubliés – Sofia Aouine

Extrait :

« Ma rue raconte l’histoire du monde avec une odeur de poubelles. Elle s’appelle rue Léon, un nom de bon Français avec que des métèques et des visages bruns dedans. C’est mon père qui a choisi qu’on débarque ici. Je me dis souvent que ce vieux doit aimer la misère, comme si c’était la femme de sa vie. Une espèce de seconde peau que tu aurais beau laver. Inscrite dans tes gènes, à jamais. Ici, c’est Barbès, Goutte-d’Or, Paris XVIIIe, une planète de martiens, un refuge d’éclopés, de cassos, d’âmes fragiles, de « ceux qui ont réussi à dépasser Lampedusa », de vieux Arabes d’avant avec des turbans sur la tête et des têtes d’avant, de grosses mamans avec leurs gros culs et leurs gros chariots qui te bloquent le passage quand tu veux traverser le boulevard. Des gens honnêtes qui ont toujours l’air de voleurs et qui rasent les murs pour pas qu’on les voie. Une rue où il n’y a pas de femmes qui marchent toutes seules. Une ville dans la ville, monstrueuse et géante, une verrue pourrie sur la carte. La première fois que j’y ai foutu les pieds, ça ne me changeait pas beaucoup de ma rue, petit, au Liban. Ici ou là-bas, quand tu arrives, les immeubles t’écrasent comme si tu étais un insecte. Quand tu entres dedans, ils t’avalent et te recrachent comme les pépins des premières grenades d’été, juteuses, que tu manges avec le plaisir d’un gosse. Ma rue a la gueule d’une ville bombardée, une gueule de décharge à ciel ouvert, une rue qui ne dort jamais, où les murs ressemblent à des visages qui pleurent. Des murs qui n’ont jamais été blancs et qui semblent hurler sur toi quand tu passes devant. Je suis arrivé dans ce bordel il y a à peine trois ans et j’ai déjà l’impression d’avoir vieilli de dix piges, rien qu’en me posant sur le banc du square Léon. »

4ème de couverture :

Abad, treize ans, vit dans le quartier de Barbès, la Goutte d’Or, Paris XVIIIe. C’est l’âge des possibles : la sève coule, le coeur est plein de ronces, l’amour et le sexe torturent la tête. Pour arracher ses désirs au destin, Abad devra briser les règles. A la manière d’un Antoine Doinel, qui veut réaliser ses 400 coups à lui.

Ce qu’Elisa en pense…

Tout a commencé il y’a quelques mois, à la librairie du baobab, à Martigny. Sofia et son éditrice sont venues présenter le merveilleux livre qu’est « Rhapsodie des oubliés ». Il m’était inconcevable de repartir sans ce petit bijou après qu’elle nous ait raconté à tous, son histoire, ses maux, son parcours et celui d’Abad. Je n’oublierai jamais cette fabuleuse soirée qui m’a marquée à vie.

Maintenant, passons au livre et à cette sublime lecture que j’ai vécue. J’espère être à la hauteur pour vous parler de ce roman.

Dès les premières pages, mes yeux s’attardaient sur les si beaux mots de Sofia ; je ne cessais de relever des phrases qui me percutaient. J’ai rapidement compris que cela ne servirait à rien sous peine de devoir souligner la totalité des lignes de ce livre. Je vais quand même vous en donner une. Une des premières qui m’a remuée et émue. La voici :

« Je me dis souvent que ce vieux doit aimer la misère, comme si c’était la femme de sa vie. Une espèce de seconde peau que tu aurais beau laver. Inscrite dans tes gènes, à jamais.”

Comme vous avez pu le constater, Sofia manie les mots avec sensibilité et sensualité. Sa plume est bluffante. Elle pourrait écrire n’importe quoi, que cela restera magnifique. C’est d’ailleurs le plus gros point fort de ce roman selon moi.

Le quartier que Sofia décrit est un acteur en lui-même, si ce n’est pas le personnage principal. Chaque recoin, chaque ruelle, chaque pavé sont des traits de cette si belle figure.

Rhapsodie des oubliés c’est un peu un recueil d’anecdotes et de tranches de vie. Je suis sûre et certaine que quiconque peut se reconnaitre au travers des mots de Sofia Aouine.

Vous l’aurez compris, ce roman pour moi, fut un énorme coup de cœur qui restera graver à jamais en moi.

Merci, Sofia, pour ses maux, mots !


Rhapsodie des oubliés – Sofia Aouine – Editions La Martinière – 208 pages – 2019


CHRONIQUE DE VALERIE: Rhapsodie des oubliés

4 commentaires sur « Rhapsodie des oubliés – Sofia Aouine »

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