L’éventreuse – Stéphanie Glassey

Extrait:

« En attendant la nuit pour cette expédition punitive, ils s’étaient enivrés d’eau-de-vie, de louanges quant à leur courage et de jubilation à propos de ce qu’ils lui feraient une fois qu’elle serait à leur merci. Ils étaient si en colère d’avoir peur d’elle qu’ils rêvaient de rétablir l’équilibre, de reprendre le pouvoir qu’elle semblait leur voler.
A leur passage, quelqu’un cria: « Sorcière ! » Ce fut alors comme un signal que toutes et tous attendaient: l’appel. Des fenêtres, des greniers, des portes, des têtes apparurent. « Sorcière, sorcière ! » Le premier à sortir et à suivre le petit groupe fut un homme dont Angélique avait fait naître les trois enfants. Après lui, ce fut la cohue, tous voulaient participer au cortège pour montrer qu’ils n’avaient aucun lien avec elle. Les femmes hésitèrent encore un peu puis rejoignirent les hommes.
La colère montait, on l’insultait, on la poussait. Une femme lui tira même les cheveux. Angélique, dans une surprise froide, reconnut celle qu’elle avait aidée à avorter deux fois, parce que son beau-père l’avait violée. Personne ne semblait reconnaître Angélique, qui distribuait les remèdes et assistait les femmes et les vieux.
Pour tous, elle était devenue la sorcière. L’hystérie allait avec l’amnésie. »

4ème de couverture:

Le récit s’écrit sous les clochers des villages d’hier, bien-pensants et malfaisants, où les femmes ont été victimes de la violence, de la religion et de l’hypocrisie. L’auteure nous emmène sur les traces d’une faiseuse d’anges condamnée à devenir éventreuse itinérante et de ses démons, s’intéressant en chemin à la pratique de l’avortement, au destin des fœtus, aux abus subis par les enfants placés et à la culture patriarcale du secret et de l’oppression.

Ce que j’en pense…

1600: Angélique sage-femme est poursuivie par les villageois. Passée à la fameuse « épreuve de l’eau », elle décède (forcément 🤪) et ouvre cette lignée de faiseuses d’anges tant nécessaires et pourtant stigmatisées.

1880: Marie-Ange au nom prédestiné, assure la relève d’Angélique et subit ainsi le même destin de ces faiseuses d’anges adulées comme décriées par une population qui tourne sa veste au gré du vent. Elle ne se laissera pourtant pas abattre et arpentera de Val en Val les villages pour offrir ses services et assurer sa vengeance.

Stéphanie dans le gore, je l’adore !
Du gore qui n’en est pas tant que ça (âmes sensibles s’abstenir tout de même, c’est surtout assez cru) puisqu’elle nous raconte l’histoire malheureusement bien réelle des avorteuses et des croyances de ces époques lointaines qu’aucune femme ne souhaiterait revivre.
Certains diront que c’est cru, d’autres que c’est gore mais moi je te dis qu’elle appelle juste un chat, un chat pour nous offrir un récit d’un réalisme époustouflant !

Elle t’emporte au cœur des superstitions et des légendes au travers d’une plume faite d’aiguilles et de potions. Moitié sorcière, moitié fée, Stéphanie te plonge dans les abysses de la condition féminine de ces périodes où l’on se sevrait, asservissait. De ces années où l’homme régnait en maître et seigneur et la femme subissait n’ayant d’autre choix que de se débarrasser d’une graine malsaine.

Une fois la dernière page tournée, si t’es une femme, tu te diras sans doute qu’on a du bol de vivre à notre époque, avec cette liberté de dire non, cette liberté de choisir et de ne pas forcément subir. Et si t’es un homme que tu n’aurais vraiment pas voulu croiser Marie-Ange 😜

Brillant de bout en bout, je ne peux que te conseiller de le découvrir !

NB: J’ai particulièrement apprécié le dindon de compagnie 😁


L’éventreuse – Stéphanie Glassey – Editions Gore des Alpes – 128 pages – Juin 2020


Quelques mots sur la collection Gore des Alpes

Le Gore des Alpes, c’est de l’horreur, du macabre, du funeste. C’est le verso de la carte postale idyllique que tu envoies à tes grands-parents quand tu pars en vacances. Le Gore des Alpes, c’est aussi du sexe, douleur et plaisir, fluides corporels mélangés. Le Gore des Alpes, c’est de l’humour. Noir, cynique, qui fait mouche à chaque fois.

C’est un hommage à la littérature pulp des 50’s, dans son imagerie et dans ses codes. Ce sont des références à tout un pan cinématographique, aux monstres du passé et à ceux, plus vicieux encore, d’aujourd’hui. Sorcières et animaux anthropophages, mafieux toxicomanes et fascistes cannibales, clergé décadent et cadavres revenus du royaume des morts. C’est tout ça et bien plus encore: un sabbat au milieu d’une clairière, un carnotzet aux parfums de l’enfer, des hurlements lugubres dans les ténèbres. Ouvrir un livre comme on ouvre une porte sur une autre dimension, égrainer les pages comme on se rapproche de la tombe.
Prenez place à notre table et dégustez une belle tranche de Terreur du Terroir.

 

4 commentaires sur « L’éventreuse – Stéphanie Glassey »

    1. C’est une toute jeune auteure suisse bourrée de talent. Petite maison d’édition pas facile à trouver depuis chez vous mais il semble que la librairie Hors circuit à Paris peut l’avoir sinon tu peux t’adresser directement à l’auteure ou me redire et je ferai l’intermédiaire 🙂

      Aimé par 1 personne

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