L’innocence des bourreaux – Barbara Abel

Extrait:

« Jo retourne dans sa piaule, récupère le flingue. Un flingue de gonzesse, un jouet dans sa paluche osseuse. Il vérifie le chargeur, toujours plein, qui lui apparaît comme un argument de poids. Il veut être certain qu’on va l’écouter. Le prendre au sérieux.
Jo retrouve ensuite sa cagoule parmi l’éboulis de vêtements, celle qui recouvre une large partie de son visage, hormis les yeux. Gestes nerveux, accidentés, un corps en roue libre, comme un attelage sans cocher. Cherche encore ses lunettes de soleil dans le fatras d’objets qui jonchent le sol, la table, le canapé éventré qui lui sert plus souvent de lit…enfin, de paillasse. Les trouve enfin, avec les gants.
Bon, et maintenant ? »

4ème de couverture:

Dans une supérette de quartier, quelques clients font leurs courses, un jour comme tant d’autres. Parmi eux une jeune mère qui a laissé son fils de 3 ans seul à la maison devant un dessin animé, un couple adultère, une vieille dame et son aide familiale, un caissier qui attend de savoir s’il va être papa, une mère en conflit avec son adolescent… Des gens normaux, sans histoire, ou presque. Et puis un junkie qui, en manque, pousse la porte du magasin, armé et cagoulé pour voler quelques dizaines d’euros. Mais quand le braquage tourne mal, la vie de ces hommes et femmes sans histoire bascule dans l’horreur.
Dès lors, entre victimes et bourreaux, la frontière devient mince. Si mince…

Ce que j’en pense…

Ouverture sur Joachim en pleine crise de manque. La crise de manque qui rend fou décrite dans ces moindres détails. La crise qui fait tout basculer…
Il n’a plus d’argent pour se payer une nouvelle dose, personne pour l’aider. Une seule solution s’impose à lui: prendre le flingue caché dans son armoire, se rendre à la supérette et la braquer.

Une belle brochette de gens dans cette superette. Chacun avec ses soucis, sa vie, ses boulets et ce qu’ils peuvent avoir à se reprocher. Des personnes qui se trouvent clairement au mauvais endroit au mauvais moment et qui vont voir leur vie exploser et pas forcément de la manière que tu crois…
Un événement qui fait tout éclater. Le passé de chacun devient alors le présent de tous.

A la base, c’est un braquage comme un autre. Comme il s’en produit des centaines un peu partout mais avec Barbara, fallait bien que ça parte en cacahuètes pour pouvoir plonger la tête la première dans la psychologie des personnages et, comme tu le sais, dans ce domaine, elle excelle !

Toute la panoplie de sentiments humains est disséquée au scalpel au travers de ces personnages. Chacun tient son rôle dans ce braquage des plus rocambolesques pour te conduire à réfléchir sur les liens, sur la vie en général.

Actuellement en pleine crise avec mon ado d’appartement, je n’ai pu qu’être troublée par Aline et Théo. D’ailleurs, Barbara, aurais-tu une caméra planquée chez moi ? 🤔

L’auteure te démontre que l’humain placé en situation de stress est capable de tout au détriment des autres pour sauver sa peau ou du moins les apparences. Elle te prend par la main et t’oblige à aller voir chacun d’eux pour te mettre face à ce qu’ils sont mais surtout ce qu’ils sont devenus. De victime à bourreau, la barre n’est pas haute.

Tous les personnages sont excellents mais j’avoue avoir particulièrement adoré le sarcasme de la vieille chouette qui apporte cette touche franchement humoristique. Bien qu’au-delà du sarcasme, se cache souvent une profonde douleur.

Le dénouement laisse un certain nombre de portes ouvertes mais l’effet papillon est plus que largement prouvé !

A toi de voir si ce n’est pas déjà fait 🙂

En ce temps de confinement, faire ses courses relève du parcours du combattant. La supérette en confinement sous un braquage version Barbara Abel ? Voilà de quoi te faire rester chez toi 😜


L’innocence des bourreaux – Barbara Abel – Editions Belfond/Pocket – 336 pages – 2015

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8 commentaires sur « L’innocence des bourreaux – Barbara Abel »

  1. Je l’ai lu à sa sortie ma Valérie. Dont c’est la fête aujourd’hui. Bonne fête à toi❤️. Barbara cultive comme personne l’ironie du sort. Et les rebondissements sont légion. Adoré le sarcasme de la vieille chouette également. Merci pour cette jolie chronique. 🙏😘

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