L’affaire Clara Miller – Olivier Bal

Extrait:

« Ils ont tous le même regard un peu fou, les yeux cernés, le teint blafard et les lèvres gercées par le froid. Si je restais là, moi aussi, peut-être deviendrais-je comme ça ? Il est vrai que c’est excitant. Et il y a ce petit goût d’interdit quand on doit se planquer en entendant les patrouilles de police. Mais il y aussi un terrible ennui. Une monotonie épuisante à passer ses journées à attendre, à espérer quelque chose en lorgnant entre les cimes des arbres. Une couverture chauffante sur les genoux, trois Thermos de café pour la journée, un énorme sac rempli de matériel de pointe et téléobjectifs à se trimballer durant ses moindres déplacements. Il y a des moments où on perd vraiment la boule à fixer sans fin ces arbres avec ses jumelles. On se dit que c’est ridicule, qu’on perd notre temps, qu’on aurait mieux à faire, que c’est de la folie. Puis un mouvement, quelque chose, une tache grise qui passe là-bas dans le domaine et la traque, folie reprennent. Quand j’écoute Phil, je me dis que la vie de chacal, c’est un peu comme la toxicomanie. Il se répète qu’il décrochera bientôt, après une dernière dose, une dernière planque. Au fond, je comprends pourquoi des mecs comme lui sont là depuis si longtemps. C’est à la fois fascinant et pathétique de jouer ainsi les voyeurs. Pour les chacals, Stilth et sa cour sont devenus des figures quasi mythiques, à la fois intouchables et proches. Ils en parlent comme des membres de leur famille, qu’il exècrent autant qu’ils adulent. »

4ème de couverture:

Son cadavre est remonté, comme celui d’autres femmes, à la surface de l’eau. Six au total… Là-bas, dans les forêts du New Hampshire, le lieu maudit porte un nom : le lac aux suicidées.
Clara Miller était journaliste. Comme Paul Green, le reporter du Globe qui débarque sur l’affaire. Il avait connu Clara étudiante, et ne croit pas un instant à la thèse du suicide.
Un homme l’intrigue : Mike Stilth, l’immense rock star retranchée à quelques kilomètres de là, à Lost Lakes, dans un manoir transformé en forteresse.
L’artiste y vit entouré d’une poignée de fidèles, dont Joan Harlow, redoutable attachée de presse qui veille sur son intimité et se bat comme une lionne dès que l’empire Stilth est attaqué.
Mais Paul, lui, a tout son temps. Dans sa vieille Ford déglinguée, il tourne inlassablement autour du domaine. Avec cette question : et si, du manoir, la route menait directement au lac ?

Ce que j’en pense…

C’est un de ces récits qui ne s’explique pas, qui se lit pour comprendre. Un de ces livres où tu te retrouves intégré à chaque mot, à chaque ligne. Où chaque personnage te devient propre, t’appartient et que tu n’as surtout pas envie de quitter.

Si tu veux pénétrer dans le monde d’une star adulée, entendre le crépitement des appareils photo planqués, voir des chacals prêts à tout pour obtenir LA photo ou LE scoop. Si tu veux voir le revers de la médaille de la célébrité alors tu en auras pour ton argent et bien plus encore.
Si tu avais un doute quant au bonheur qu’apporte la célébrité, je peux t’assurer qu’il sera balayé en un tour de main par ce récit.
Olivier te décrit avec brio et une précision incroyable (On se demande d’ailleurs s’il n’a pas été une star dans une autre vie 😜 ) la célébrité qui emprisonne, qui rend fou, qui rend seul, qui n’est source que de malheur et de misère malgré l’argent qui coule à flots.

« L’affaire Clara Miller » c’est l’histoire d’un monde qui n’est pas le mien et très certainement pas le tien (ou, alors manifeste-toi 😜). Un monde fait de stars et de paillettes, de sexe, de drogues et de rock’n’roll. Un monde où le fric coule à flot, où tout est achetable. Un monde envié d’une star adulée. Un monde pourtant pourri jusqu’à la moelle. Un monde disséqué au travers d’un récit puissant, fort et parfois même gênant au travers de descriptifs saisissants, dur et à la fois profondément humain. Tu découvriras à quel point il est pathétique d’en arriver à de tels extrêmes que ce soit d’un côté ou de l’autre du mur surmonté de barbelés.

Il y a bien longtemps que je ne m’étais pas retrouvée aussi immergée dans une histoire, proche des personnages, ancrée dans une histoire. J’ai vécu avec tous ces personnages, j’ai souffert avec eux, je me suis insurgée avec eux, j’ai eu pitié. J’ai éprouvé du dégoût, de la tristesse, de l’incrédulité face à cette humanité placée sous les projos !

De saut d’époque en saut d’époque tu découvres cette grande fresque qui va bien au-delà du simple thriller. Tu apprendras à connaître chaque protagoniste. Une chose m’a, d’ailleurs, frappée que j’ai trouvé excellente. Il n’y a pas, à proprement parler, de héros ni d’héroïne. Chaque personnage a son importance sans que l’un ou l’autre ne prenne le dessus. Ils sont tous là avec leur vie, leur passé apportant de l’eau au moulin de l’histoire. Tu verras que chaque chapitre est la voix de l’un d’eux à la première personne pour t’apporter leur vision, leur son de cloche qui te permettra d’appréhender tous les tenants et les aboutissants. La voix des enfants a été, pour moi, particulièrement perturbante. Une voix d’enfants qui ont grandi dans des prisons dorées, dans des vies solitaires pourtant entourés de dizaine de personnes à leur service.

Tu verras que la fabrication d’un mythe, c’est tout un art. Que le gérer en est un aussi. Tu suivras cette mise à nu de tous ceux qui, dans l’ombre, tentent de préserver l’humain derrière la star et sa famille, des chacals, des charognards, des paparazzis, des fans du monde entier qui veulent tout.

Tu assisteras au fil des pages, en live et en stéréo, à la montée de débauche, à la dérive totale. Tu resteras sans voix face à l’auto-destruction. Tu sentiras la douleur dans ce faste qui n’est que poudre aux yeux. Tu en auras même l’image grâce à ce style très imagé, très cinématographique. Tu auras même droit aux odeurs …

« L’affaire Clara Miller » ou quand la célébrité te transforme en une machine à faire du fric et que tout ton entourage est prêt à tout pour que la fontaine ne se tarisse pas…

Crois-moi, tu auras bien du mal à faire la part des choses entre le bien et le mal ou même à déterminer qui est le plus monstrueux de tous….il n’y a rien ni personne qui soit tout blanc ou tout noir.

J’ai jamais rêvé d’être une star et c’est pas près de changer…

Fabuleux de bout en bout et tu l’as compris c’est à lire absolument alors confinement ou pas, commande-le où que ce soit simplement parce que c’est un livre inoubliable qui te fera passer un excellent moment en cette période difficile !


L’affaire Clara Miller – Olivier Bal – Editions XO – 476 pages – 2020


 

9 commentaires sur « L’affaire Clara Miller – Olivier Bal »

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