Persona – Maxime Girardeau

Extrait:

« Plus tard, il repensera à cet instant et la culpabilité lui dira qu’il aurait dû agir différemment. Il aura oublié la manière dont on pense quand on est un enfant. On ne connaît pas encore le mensonge ou la duperie. Le monde est entier, toute notion de manipulation ne nous a pas encore effleurés, nous n’avons pas encore fixé notre masque.
Moi aussi, j’ai eu ses yeux, moi aussi j’ai eu des souvenirs d’enfants qui me tiraillaient. Mais à la différence de tous les autres, j’ai annihilé toute culpabilité et j’ai tué l’enfant que j’étais pour survivre. Je n’ai pas eu le choix. Je devais résister et cela supposait agir comme je l’ai fait. Je n’en tire aucune gloire, aucun mérite, j’ai juste su m’adapter. Nous ne sommes plus que ça, adaptation permanente, dans un monde en mouvement perpétuel, s’accroissant jusqu’à expulser, par une sorte de force centrifuge, les inadaptés en dehors du système. Aujourd’hui, tous autant qu’ils sont me regardent avec terreur dans les yeux. »

4ème de couverture:

Un homme est retrouvé horriblement mutilé dans un bâtiment désaffecté du centre hospitalier Sainte-Anne à Paris. Pour Franck Somerset, commissaire à la Crim’, c’est le début d’une enquête étrange et singulière.
Étrange, car ce n’est pas une série d’homicides au sens propre du terme à laquelle il se trouve confronté  : toutes les victimes sont encore en vie, mais elles ont été torturées et «  enfermées  » en elles-mêmes.
Singulière, car pour comprendre, Franck Somerset va devoir plonger dans l’univers des nouveaux maîtres du monde – les grands du numérique qui maîtrisent nos vies immatérielles.
C’est au cœur de Paris, dans ces tréfonds et au-delà, que Franck va suivre la piste de ce qui ressemble à une vengeance frénétique, folle et pourtant méthodique, où s’affrontent deux mondes, un nouveau qui se persuade de sa toute puissance et un ancien qui ne veut pas mourir …

Ce que j’en pense…

Ce bouquin, je l’avais pu passer. Il m’intriguait mais…il y en a tant…A voir plus tard… Et puis l’auteur a commenté ma publication du « Manufacturier » sur Insta: « Un chef-d’œuvre, en effet ». D’un clic je me suis précipitée pour demander « Persona ». Un auteur qui avait cet avis sur un tel livre pouvait potentiellement avoir écrit quelque chose d’excellent…C’est con hein ? Cette petite histoire, je voulais te la raconter parce que ça démontre que bien souvent un choix tient à peu de choses, tu ne trouves pas ?

Quoi qu’il en soit, j’ai bien fait et je devrais dire merci à Mattias puisque j’ai eu énormément de plaisir à découvrir ce livre qui est d’ailleurs le premier de cet auteur que je vais désormais suivre de très près.

Avec « Persona », il t’emporte dans un thriller très loin d’être classique et c’est clairement ce que j’ai le plus apprécié. L’originalité n’est jamais évidente avec nous « serial lecteurs ». Nous avons déjà beaucoup vu, beaucoup lu et devenons, je l’avoue, exigeants alors que ce n’est de loin pas évident de réinventer la roue à chaque fois.
Pour ma part, Maxime a touché juste en alliant thriller et principes marketing.
Les notions de marketing m’ont toujours fascinée. J’ai tâté sur le terrain à une époque de ma vie où je traînais mes basques dans une multinationale. C’est là aussi que j’ai clairement compris à quel point nous étions manipulés par les entreprises à tous les niveaux. Je m’égare un peu, désolée… mais c’est palpitant et quand tu apprends au travers d’un livre c’est véritablement un plus et je tenais à le souligner.
J’ai retrouvé dans ce récit bien de ces aspects, qui mis en situation, se sont avérés clairement jubilatoires.
Une jungle, d’ailleurs, plus effrayante que les crimes en eux-mêmes. A préciser que ces domaines sont souvent du chinois pour nous humble consommateur et que Maxime a su les rendre accessibles.

Pour te mettre dans l’ambiance, le titre « Persona » est, en marketing, les personnes imaginaires, matérialisées, représentatives d’une cible précise. Il a joué avec brio sur ces différents aspects.

Tu oscilleras donc entre un tueur qui n’en est pas tout à fait un (Puisque ce récit n’est pas truffé de cadavres. Aspect, lui aussi,  particulièrement intéressant, voire original. Ca change du sempiternel cadavre…dit la fille blasée. Il y surtout des états qui sont bien pire que la mort et l’auteur a su habilement jongler avec ce fait-là, mais ne crois pas pour autant que ce soit une balade de santé…bien au contraire) et ces monstrueuses multinationales qui font la pluie et le beau temps.
Tu te baladeras dans les coulisses de Google et ses sacro-saints bureaux où le choix et la présence de biscuits semble l’élément le plus capital. J’avoue que je me suis bien marrée. Tu verras tous les systèmes de flicage à la big brother dont nous sommes victimes chaque jour, toute cette technologie s’allier à cette enquête complexe fort bien montée.

Un seul bémol à ce niveau-là, c’est l’entrée d’une civile dans l’enquête. Fait qui la rend, pour moi, peu crédible. L’intégration d’un civil est toujours un terrain glissant. Dans la vraie vie, ce ne serait pas possible… Dans le polar on ne laisse rien passer… Si, cependant tu fais abstraction, ce personnage apporte clairement quelque chose. C’est ma seule ombre au tableau qui n’en fait pas un coup de cœur…c’est pas passé loin !

Sarcasme, ironie, humour sous fond de nomination de Trump à la présidence. Des personnages créés avec brio. J’ai, d’ailleurs, particulièrement adoré celui de Kahl qui a construit sa cellule familiale comme une équipe de représentation. Une psychologie cachée ultra percutante. Un criminel qui te laissera une marque – Pas la même que celle infligée à ces victimes, je te rassure mais plutôt une marque de réflexion, de ces trucs ou tu te dis y a quelque chose de vrai dans ce qu’il dit. Les passages où il s’exprime prendront d’ailleurs une tout autre dimension quand tu connaîtras son identité.

Il joue sur les indices, il te malmène subtilement. Tu vas penser que, croire que, mais te fourrer le doigt dans l’oeil puisque le récit, tu verras, prend une tournure à laquelle tu ne t’attends pas du tout et là j’ouvre les paris 😜 si, si…Combien ?

Un premier roman surprenant, intelligent, prometteur et perso je valide à 300 %

« Jung a défini le concept de persona, le masque en latin, comme la façon pour un individu d’organiser son rapport à la société. En d’autres termes, le masque est un outil psychique, inconscient, dont chacun se dote pour se fondre dans le personnage que la société lui donne, le prédéfinit à tenir. La persona symbolise l’archétype que l’on supporte au sein du monde extérieur: la gentille fille, le bon père de famille, l’ambitieux, le génie, la working girl, le séducteur, l’institutrice, etc. Elle a pour fonction de justifier notre individualité.
La persona est-ce que quelqu’un n’est pas en réalité, mais ce que lui-même et les autres personnes pensent qu’il est. »


Persona – Maxime Girardeau – Editions Fayard / Mazarine – 432 pages – 2020


 

4 commentaires sur « Persona – Maxime Girardeau »

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