La deuxième femme – Louise Mey

Extrait:

« Mais ce matin, quand le réveil sonne, elle trouve que c’est trop tôt. Et c’est mardi. Elle trouve cela inadmissible. Que quelque chose d’aussi grave se passe, que la première femme soit revenue, soit susceptible de revenir, et que l’on soit quand même mardi. Le temps devrait savoir s’adapter à nos tempêtes intérieures, suivre le rythme de nos écroulements privés, de nos catastrophes individuelles, mais non, et c’est mardi. Ca ne rime à rien, c’est presque insultant, mais c’est quand même mardi. C’est la première chose qui lui vient en tête, cette colère contre ce jour qui se lève tout de même, déplacé, sans-gêne. Et puis une deuxième chose, à laquelle elle pense, qui l’a tenue éveillée jusqu’au petit matin: peut-être que ça va aller. Il suffit que les parents de la première femme n’aient rien vu. Il suffit de ne pas leur dire. Il suffit que les gendarmes ne la trouvent pas, c’est possible, parfois les gendarmes ne trouvent pas; d’ailleurs la première femme ils l’ont déjà cherchée et ils ne l’ont pas trouvée, c’est possible oui, et alors tout ira bien, elle se retrouvera bloquée à Paris, loin, empêtrée dans son mensonge, enfermée dans un hôpital, et pour Sandrine tout ira bien. »

4ème de couverture:

Sandrine ne s’aime pas. Elle trouve son corps trop gros, son visage  trop fade. Timide, mal à l’aise, elle bafouille quand on hausse la voix, reste muette durant les déjeuners entre collègues.
Mais plus rien de cela ne compte le jour où elle rencontre son homme, et qu’il lui fait une place. Une place dans sa maison, auprès de son fils, sa maison où il manque une femme. La première. Elle a disparu, elle est présumée morte, et Sandrine, discrète, aimante, reconnaissante, se glisse dans cette absence, fait de son mieux pour redonner le sourire au mari endeuillé et au petit Mathias.
Mais ce n’est pas son fils, ce n’est pas son homme, la première femme était là avant, la première femme était là d’abord. Et le jour où elle réapparaît, vivante, le monde de Sandrine s’écroule.

Ce que j’en pense…

Sandrine, la grosse, la moche est tombée sous le charme de l’homme qui pleure. Cet homme dont la femme a disparu. Et puis elle réapparaît et… ça devient compliqué.

Dit comme ça c’est pas forcément très vendeur.
Et puis tu te diras certainement aussi que l’emprise et tout le tralala, c’est vu et revu et déjà moult fois utilisé.
Et si je te dis qu’un récit comme celui-là, tu n’en as jamais vu ?
Que sa puissance et sa force, tu ne l’as jamais ressentie ?
Ca ne te suffit pas ? OK, alors je t’explique…

Au début, je ne te cacherai pas que j’ai eu beaucoup de mal avec le style et d’ailleurs après quelques pages, je me suis dit « Mais c’est quoi ce truc ? Même les dialogues sont incorporés au texte… ». J’ai bien failli abandonner. Mais je suis coriace et j’ai fort heureusement continué pour très vite constater que le style lui-même, la forme de narration faisaient partie intégrante de la morale de l’histoire. Brillant non ?

L’auteure grâce à cela réussit le tour de main de te plonger dans les synapses de l’esprit de Sandrine. Il ne s’agit pas d’une narration à la première personne et pourtant c’est tout comme et plus encore. Tu es dans sa tête, ses pensées, ses inquiétudes qui s’enchaînent quatre à la seconde. Les idées qui défilent et puis le doute de soi, le doute de tout qui se fait panique, qui fait courir dans tous le sens, comme un animal traqué parce que dans l’esprit d’une femme comme Sandrine, les pensées s’entrechoquent et vont dans tous les sens pour de vrai. Je m’y suis soudainement retrouvée…et j’ai pris une claque monstrueuse…J’ai compris alors que c’était voulu et à partir de là, je n’ai plus pu m’en défaire et tout a tourbillonné dans mon esprit à moi.

Elle décrit absolument toutes les étapes de bout en bout avec tout ce qu’elles impliquent, toutes les problématiques, toutes les contraintes, toutes les émotions…surtout toutes les émotions.

La montée du bonheur pour une descente plus grande encore aux portes de l’enfer. L’amour, le besoin qui fait tout faire, tout accepter. La vie en dent de scie qui fait attendre que le pic heureux remonte sans se rendre compte que ces pics sont de moins en moins hauts et de moins en moins fréquents. L’attente de jours meilleurs qui viennent d’abord, souvent, puis moins, pour devenir rares, voire inexistants. L’attente encore. Subir le pouvoir, la force. La honte qui s’installe. Se dire que ça va s’arranger à s’en haïr. Avoir peur de fuir autant que de rester. Se haïr de fermer sa gueule et pourtant ne pas être capable de l’ouvrir. La honte encore. La peur de tout…
Les répétitions comme une litanie, comme un cœur qui bat, qui pulse. Une douleur qui vit et que l’on ne maîtrise plus.

Je ne sais pas si je t’ai convaincu(e), mais pour ma part, tu l’as compris, j’ai été bluffée par ce récit. Par sa puissance, sa justesse. J’ai été malmenée…vraiment… et je dis bravo, Louise, c’est fortiche !

Et puis, à vrai dire…On dit souvent que l’on connaît hein ? Que le sujet est déjà plus qu’utilisé, usé même. Qu’on a tout vu, tout entendu. Que voilà un énième sujet sur l’emprise déjà traité de long en large et en travers.
Mais si c’était le cas, pourquoi y a-t-il encore tant de personnes qui subissent cela chaque jour ? Et pourquoi eux, sont-ils encore en liberté ?


La deuxième femme – Louise Mey – Editions JC Lattés/Le Masque – 300 pages – 2020


PS: Serais curieuse de savoir s’il est courant de donner « Nini » comme diminutif à quelqu’un qui se prénomme Anne-Marie ? Parce que j’en ai une de Nini dans ma vie et je croyais ce diminutif unique …

5 commentaires sur « La deuxième femme – Louise Mey »

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