Préférer l’hiver – Aurélie Jeannin

Extrait:

« L’isolement, le travail physique, la solitude et la connexion aux éléments sont des béquilles. Nous vivons avec une quantité infime de ressources et de biens. Et je me surprends parfois à remercier je-ne-sais-qui que tout cela nous soit arrivé en hiver. La nature pétrifiée possède une sobriété d’une impeccable justesse. Pas de simagrées. Rien que le blanc et le silence. J’ai retrouvé ces mots dans un roman qui m’avait bouleversée et que j’ai laissé sur ma table de chevet: Une épaisse couche de glace s’est glissée dans mon cœur. Je l’ai sentie s’installer, gripper les soupapes et apaiser le vent qui soufflait dans ma carcasse. Je l’ai entendue se plaquer sur mes os, insérant du silence dans les endroits fragiles, dans tout ce qui était brisé. Mon cœur a alors connu la paix du froid. »

4ème de couverture:

À distance du monde, une fille et sa mère, recluses dans une cabane en forêt, tentent de se relever des drames qui les ont frappées. Aux yeux de ceux qui peuplent la ville voisine, elles sont les perdues du coin. Pourtant, ces deux silencieuses se tiennent debout, explorent leur douleur et luttent, au coeur d’une Nature à la fois nourricière et cruelle et d’un hiver qui est bien plus qu’une saison : un écrin rugueux où vivre reste, au mépris du superflu, la seule chose qui compte.
Dans un rythme tendu et une langue concise et précise qui rend grâce à la Nature jusqu’à son extrémité la plus sauvage, Aurélie Jeannin, dont c’est le premier roman, signe un texte comme une mélancolie blanche, aussi puissant qu’envoûtant.

Ce que j’en pense…

Préférer l’hiver est un livre tout particulier, bien difficile à décrire. Une narration à la première personne ou plutôt, disons-le carrément, un monologue.
Le récit d’une femme et de sa mère au fin fond d’une forêt. Une toile de femmes dépeinte dans les moindres détails.

Un retour sur leur vie d’avant, avant les arbres, avant la mousse, avant la neige, avant la forêt. Tenter d’expliquer comment et pourquoi elles sont là. Deux femmes particulières dans un endroit particulier. Comme pour s’y cacher de leurs vies d’avant, se cacher des autres.

La forêt, la mort. La mort, la forêt. La forêt, la mort omniprésentes en alternance. L’une cache l’autre. L’autre cache l’une. Une douleur sourde, profonde qui s’est terrée dans la terre humide d’une forêt parce qu’elle ne pouvait plus aspirer à vivre autrement.

Profondément triste, profondément beau. Des descriptifs saisissants. Des mots sur les maux. Une gourmandise de mots, un plaisir des sens.

Je m’interroge cependant et déplore de ne pas avoir eu toutes les réponses…. Sont-elles nécessaires ? Pas sûre, mais tout de même restée un peu sur ma faim.

Quoi qu’il en soit, j’ai clairement été engourdie par le froid, par les mots. Entourée par la puissance des émotions. Ensevelie par la douleur. Inquiétée par la peur. Que d’émotions dans ce tourbillon de mots, de phrases qui misent bout à bout m’ont donné cette sensation inexplicable de toucher quelque chose du bout des doigts.

Ensorcelant !

« Les romanciers savent raconter des histoires. Ce qui importe aux écrivains, ce sont les mots, leur enchainement et leur rythme. Ceux qui excellent dans les deux, elle les appelle des auteurs. »


Préférer l’hiver – Aurélie Jeannin – Editions Harper Collins – 240 pages – 2020


 

2 commentaires sur « Préférer l’hiver – Aurélie Jeannin »

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