Matière noire – Ivan Zinberg

Extrait:

« Il lui sembla que ses yeux gonflés de larmes se transformaient, changeaient de couleur et d’éclat. Miroirs d’une âme aux abois, ils exprimaient terreur et détresse. Elle se résignait, acceptait la défaite, condamnée à cette fin imprévisible.
Personne ne viendrait la secourir.
Après une éternité, il finit par la relâcher.
La fille ne bougeait plus. Le visage exsangue.
Sa poitrine n’exhalait aucun souffle.
L’homme se laissa retomber sur le dos et eut une quinte de toux, grasse et puissante. Il épongea son front moite de sueur. Ses membres tressaillaient. Son coeur frappait à un rythme infernal.
Il patienta les paupières closes.
Une minute. Deux. Trois.
Le calme coula à nouveau en lui.
Il se redressa et sortit de la voiture. Prenant garde de ne pas trébucher dans l’obscurité, il ouvrit le coffre, puis la portière droite. Avec une étrange délicatesse. il souleva le corps gracile, fit quelques pas et la chargea à L’arrière.
Il se donnait l’effet d’un ogre, d’un mangeur d’enfants.
La folie l’avait quitté. A présent, il se maîtrisait.
Avant de regagner l’habitacle, il regarda autour de lui.
Pas un bruit. Peu de lumière.
Seuls existaient les étoiles, la lune et les lasers de la boîte de nuit, plus colorée que jamais dans le ciel d’été. Là-bas, la fête continuait. Une foule insouciante dansait, buvait, s’amusait sous les stroboscopes.
Personne ne savait. Personne ne saurait. »

4ème de couverture:

Juillet 2017.
Une région. Deux disparitions.
Après une nuit en discothèque, la jeune Inès Ouari ne donne plus signe de vie.
Marion Testud, elle, n’est jamais rentrée de son jogging matinal.
Sur leurs traces, deux enquêteurs aux profils atypiques : Karim Bekkouche, chef de la BAC de Saint-Étienne, flirte avec les limites et prend tous les risques pour retrouver Inès. Jacques Canovas, journaliste parisien et ex-flic des Renseignements généraux, couvre la disparition de la joggeuse.
Tous deux ont des raisons personnelles de parvenir à leurs fins.

D’un bout à l’autre du pays, les pistes se croisent tandis que de vieux meurtres énigmatiques refont surface. Deux hommes confrontés, lancés dans une course contre la mort à pleine vitesse dans les abysses de la terreur panique.

Ce que j’en pense…

Pour ce qui est de la matière noire, tu en auras pour ton argent.
J’ai rarement vu un livre aussi précis, détaillé, fouillé. Un récit d’un réalisme déroutant. Tellement détaillé que j’ai trouvé certains passages un peu longs mais c’est un mini bémol d’une vieille pénible.
Tellement puissant qu’il te pousse à chercher sur le net si ce n’est pas une véritable affaire. Ce que j’ai d’ailleurs fait pour constater que je retrouvais le nom du coupable dans une affaire de pédophilie…hasard ?

Ivan nous met face à des faits que l’on sent être issu de son expérience de capitaine de police. Le récit d’un connaisseur, d’un expert, de quelqu’un qui sait de quoi qu’il cause et ça se sent comme l’odeur de la mort qui poursuit (Et là c’est moi qui parle en connaissance de cause…)

« Matière noire », c’est la mise en lumière du travail de fourmis de la police. Deux enquêtes, pas à pas, comme si tu y étais. Deux investigateurs différents et pourtant semblables. Deux tronches: Bek, ancienne racaille des cités et Jacques, ex-flic ravagé par la mort de sa femme devenu fouille-merde. Deux baroudeurs, deux vieux de la vieille à qui on ne la fait plus.
Un flic qui fait une promesse à une vieille amie et un journaliste qui veut aller plus vite que la police pour le scoop ultime.
L’impression de me retrouver dans l’affaire du petit Gregory (affaire à laquelle l’auteur fait d’ailleurs allusion) et d’y voir dans le rôle de Jacques, le fameux Jean Ker, photographe et enquêteur de Paris Match.

C’est aussi des allusions aux cas réels qui donnent une dimension toute particulière et rendent la fiction, justement, encore plus réelle.
C’est un coup de projo pointé sur les cités avec tout ce qui en dégouline.

C’est même un petit passage en Suisse, les Pâquis de Genève…pas le plus rutilant des quartiers mais une vision de la Suisse, pour une fois, différente et loin des clichés des banques et du chocolat.

C’est bien sûr des démons qui se manifestent au travers d’un journal. La vision de l’autre côté de la barrière, la vision du prédateur, implacable.

Ivan n’a pas écrit une fiction comme une autre. Il nous parle de la vie, celle de tous les jours, celle des gamins des cités, de la came, de la prostitution, de ce que l’on peut faire pour s’en sortir. Il nous parle de la vie, celle des flics qui tous les jours pataugent dans la fange, dans la détresse humaine, dans la violence. Il nous parle tout simplement de la vraie vie et c’est pas jojo.

Une matière noire qui s’instillera dans ta tête, qui glissera le long de ton dos pour te faire frissonner, c’est certain !

A lire absolument !


Matière noire – Ivan Zinberg – Editions Cosmopolis – 458 pages – 2019

AUTRE CHRONIQUE:
Jeu d’ombres


 

5 commentaires sur « Matière noire – Ivan Zinberg »

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