Ineffaçables – Clarence Pitz

Extrait:

« -Je suis d’accord ! s’exclame Simoens avec enthousiasme. Si on les efface maintenant, les journalistes vont se demander qui et pourquoi et se mettre à fouiner dans nos affaires. Et ça, il faut absolument éviter. L’enquête doit rester dans l’ombre. Nous devons être discrets.
-Discrets ? En laissant de telles horreurs sur nos murs ! s’offusque l’Echevine. Mais c’est un non-sens !
– Monsieur le Bourgmestre a raison, lui rétorque Franck. Aussi bizarre que cela puisse paraître, si on ne veut pas que cette affaire se répande dans les journaux et auprès des citoyens comme une traînée de poudre, je crains que nous devions laisser les fresques là où elles sont.
-Et donc, si une quatrième œuvre fait son apparition dans les semaines à venir, on joue les politiciens détachés qui laissent des images outrancières sur les murs de leur ville ?
-Oui, admet le chef de corps. Je trouve, comme vous, que ces fresques sont affreusement vulgaires et que les laisser serait aberrant en temps normal. Malheureusement, je crains que, vu la situation, elles soient devenues ineffaçables. »

4ème de couverture:

Bruxelles 2016. Au lendemain d’une vague d’attentats, des fresques pornographiques apparaissent sur les façades des quartiers populaires de la capitale et secouent l’opinion publique. Épaulé par Fred Boland, jeune recrue immature, l’inspecteur Karel Jacobs est confronté à une série de crimes sexuels d’une perversité sans nom. Les sévices s’enchaînent mais les victimes ne se ressemblent pas. Et le duo est rapidement dépassé par une enquête pavée de violence qui l’emmène dans les recoins sensibles de la ville. Samira, jeune mineure émancipée est retrouvée violée en plein cœur de Molenbeek. Sa route croise le chemin de Virgile Plisson, flic infirme relégué à la paperasserie et ancien membre de la cellule tag, prêt à tout pour reprendre du service.
Du folklore estudiantin aux codes du street art, Clarence Pitz nous emmène dans les profondeurs de Bruxelles à travers un thriller rythmé et immersif basé sur un fait divers attesté, celui des fresques clandestines de Bruxelles.

Ce que j’en pense…

Ouverture sur une scène percutante et sordide qui te met directe au parfum. Elle n’a pas l’air comme ça mais elle n’y va pas avec le dos de la cuillère, Clarence et ça tu le constateras de bout en bout.

Tout démarre très vite et elle t’embarque illico dans cette bien drôle d’affaire. Tu visualises, tu y es. A peine passé la première que tu seras déjà à fond en 5ème sans aucune envie de quitter la piste.

Tout part d’un fait réel, des fresques pornographiques taguées sur les murs de Bruxelles en 2017. Des faits dont Clarence s’est habilement servi pour en faire une intrigue terrifiante.
Après chaque fresque taguée – une agression. Aucun rapport de prime abord et difficile d’y voir un lien. Pourtant Virgile Plisson, relégué à la chasse au tag depuis qu’il s’est fait bouffer le doigt dans le métro met justement le doigt (pas celui qu’il a perdu mais l’autre, forcément 😜) sur ce lien qui va tout changer.

Il rejoint l’équipe du fameux Commissaire Ruysbroeck: Karel Jacobs inspecteur principal et Frédéric Boland, son second pour former une véritable équipe de…bras cassés…pourtant efficace, il faut le préciser.
Un Karel maniaque à la limite du TOC, gauche avec les femmes et qui a bien du mal à gérer sa fille Zita. Un Fred, tout frais moulu qui dégaine les blagues salaces mieux que son arme et un Virgile complètement paumé.

Clarence, tu tiens là une sacrée belle équipe qui m’a, tout au long, donné ce petit goût jouissif des personnages du « Département V de Jussi Adler Olsen ». Des flics vrais, authentiques avec leurs qualités et leurs défauts, leur vie et leur déboire. Des personnages hauts en couleur avec une mention spéciale pour le commissaire Marcel Ruysbroeck qui ne me fera plus voir les sachets de sucre de la même manière.

Tout est savamment monté dans les moindres détails et sans aucune faille. La plume est délicieuse. Les dialogues sont brillamment tenus (et c’est loin d’être une évidence). Le rythme est effréné, mais sans abus. Le récit est riche en dehors de l’intrigue puisqu’elle nous emporte dans ses notions d’anthropologue (sa formation) dans les dédales du Street Art et la perversion de notre monde.
L’humour est omniprésent et c’est clairement un plus. Le suspense est managé avec brio en te faisant languir avant chaque révélation, chaque description ou chaque résultat. Tout est donné au compte-gouttes pour mettre tes nerfs à rude épreuve. Elle joue au jeu du chat et de la souris autant avec toi qu’avec ces personnages dans une montée en puissance qui laissera les policiers sans voix tout comme toi par la même occasion.

J’ai particulièrement apprécié l’authenticité belge que ce soit par les liens ou par les expressions bien du cru. Elle en fait un livre bien ancré qui nous fait voyager dans cette magnifique Bruxelles où je ne suis pas sûre de retourner d’ailleurs après cette lecture 😜

J’ai adoré ces passages, ces petits chapitres glissés de-ci de-là où Monique accompagnée de sa chienne Belinda (rien que le nom 🤣) lit la presse et commente les événements avec Madame Trucmuche ou Monsieur Trucchose, en version potin avec jugement à l’emporte pièce…d’un réalisme ébouriffant mais qui te laisse pourtant comprendre qu’en dehors de l’humour il en ressort une forme de vision du peuple face aux infos, aux décisions. A ce qui est dit ou non…Clarence met, d’ailleurs, au travers de ce récit une mise en lumière de la justice, des pots-de-vin, l’obligation de passer sous silence certains faits pour calmer le jeu et surtout la manipulation de l’info.

Le final est explosif sans aucune anicroche, c’est subtil et original.
Bref, tu l’as compris c’est à lire impérativement et sans aucune excuse.
Je sais, c’est pas simple à trouver en version papier. C’est une de ces jeunes auteurs qui aurait sa place chez les plus grands et tu ne comprends pas pourquoi un grand éditeur ne s’est pas encore précipité sur son talent. (j’en profite pour faire un appel: Vous ratez un truc là hein ?? ) Mais si j’étais toi, je remuerais ciel et terre pour me le procurer du sais je faire un séjour à Bruxelles et profiter par la même occasion d’admirer ces incroyables fresques.

J’arrête mon blabla et te laisse faire quelque chose de bien mieux que me lire…Te le procurer et te jeter dessus, tel un lion affamé !


Ineffaçables – Clarence Pitz – Edition Nouvelle Bibliothèque – 510 pages – 2019

AUTRE CHRONIQUE: Ineffaçables  par Elisa


 

10 commentaires sur « Ineffaçables – Clarence Pitz »

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