Monstre (une enfance) – Frédéric Jaccaud

Extraits:

« Voulez-vous que je vous rapporte ce que me chantaient les voix sanguines des femmes couchées sur mon lit de vérité ? Peut-être y reconnaîtriez-vous l’une de vos parentes. Voulez-vous que je vous décrive les différentes teintes que prend la peau fouettée jusqu’au sang. Jusqu’au moment où celle-ci s’ouvre sur le rouge des muscles ou le blanc des os ?
Arrêtez Thomas, ce que vous faites est inutile. »

« Jessica chuta en avant, se mit en boule sur le sol, le souffle coupé. Le chien monta sur le dos de la fillette, les pattes avant sur ses épaules, agita frénétiquement son cul, dans un mouvement ridicule et mécanique, un peu comme la marche des robots qu’on remonte avec un clé sur le côté. Tous les enfants se mirent à hurler de concert.
Jessica pleurait, elle pleurait sans comprendre – les griffes du canidé plantées dans son dos, la langue, sorte de serpillière rose puant la boîte pour chiens, dégoulinant contre sa joue, la pine rouge, pic à glace incandescent, raclant le fond de son jean.
L’humiliation et la honte sont des sentiments qu’on n’apprend pas. Elles se vivent.
Paradoxalement, Jessica pleura aussi en apprenant la mort de l’animal, quelques semaines plus tard. Longtemps, les habitants de l’immeuble soupçonnèrent le père de la jeune fille d’avoir accéléré en voyant le chien sur la route. Mais personne n’osa jamais l’accuser publiquement, car l’homme, sous l’effet de l’alcool, devient violent. Pour cela non plus – les hurlements et le bruit des coups au travers de la cloison – personne les dénonça jamais. »

4ème de couverture:

Été 1986. Un soleil de plomb s’abat sur la petite ville de Traumstaat. Comme beaucoup d’enfants de leur âge, les frères B., Thomas et Raymond, trompent leur ennui en s’inventant des mondes imaginaires. Soixante-deux ans plus tard. Un vieillard est contraint de mettre par écrit ses souvenirs. De se rappeler pourquoi il a commencé à séquestrer, violer, torturer et tuer des femmes. De se rappeler comment il est devenu un monstre.

Ce que j’en pense…

Percutée par son dernier livre « Glory Hole », lu dans le cadre du prix du polar romand et grand gagnant de ce prix. J’ai forcément eu envie d’en découvrir plus sur cet auteur qui joue clairement dans une catégorie toute particulière .
Tu ne trouveras pas de chronique de « Glory Hole » mais je ne peux que te conseiller de le lire. Sache juste que c’est à ne pas mettre entre toutes les mains…

Armée de ma lampe frontale, j’ai découvert que, Monstre, son premier livre était enfoui dans les abysses de ma PàL. Remonté et attaqué direct pour constater que, déjà, il s’imposait avec un style et surtout une structure toute particulière voire même unique.

Un récit d’enfant, de leur vie, d’un été, la chaleur, l’insouciance, la piscine avec l’accident de Kévin. Se faufile, alors, entre les lignes, et apparaît au détour d’un chapitre, le récit d’un vieil homme. Telle une métaphore de l’homme, du prédateur qui se faufile, qui apparaît au coin d’une rue.

Des noms et prénoms de femmes. Seuls mots d’un chapitre…Hautement perturbant…

Tu avances sans vraiment savoir où tu vas et c’est paradoxalement fascinant, mais ne me demande pas pourquoi, c’est un de ces trucs qui ne s’expliquent pas. Cependant, je te rassure, tu finiras par comprendre, à percevoir ce qu’il en est et tout deviendra pire encore. Tu finiras tout simplement par comprendre que tu assistes à la naissance du mal.

La plume est exquise et même jubilatoire et je ne peux bien sûr que te le recommander.


Monstre (une enfance) – Frédéric Jaccaud – Editions Calmann Levy – 216 pages – 2010


Et pour te tenter, voici le 4ème de couv de « Glory Hole » paru aux éditions « Les Arènes » et gagnant du prix du polar romand 2019:

C’est l’histoire de trois enfants, de leur promesse murmurée sous l’arbre d’un orphelinat de ne jamais se quitter. Mais les promesses n’engagent que ceux qui veulent bien y croire. Treize ans plus tard, Jean découvre une photographie de Claire dans un magazine pornographique américain. Le jeune homme veut la retrouver, et comprendre, à tout prix. Il entraîne Michel dans son obsession : direction Los Angeles, et ses anges déchus, où l’industrie du sexe prolifère. Pourquoi ne doutent-ils pas de la réalité de cette image corrompue ?
Glory Hole évoque le dérèglement des vies inconséquentes, les teintes hurlantes des Eighties, l’âge des hommes, quelques mythes modernes, la lutte opposant ceux qui désirent aux foules envieuses.
Glory Hole est une histoire d’amour.

 

3 commentaires sur « Monstre (une enfance) – Frédéric Jaccaud »

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