Ineffaçables – Clarence Pitz

Extrait :

« Il frappe doucement à la porte 512 et une voix fatiguée lui répond. L’inspecteur ressent un léger malaise en franchissant le seuil. Un pincement au cœur teinté d’une touche de honte. Il se sent un peu stupide mais l’idée que ce type se soit retrouvé eunuque du jour au lendemain le met terriblement mal à l’aise. Comme s’il possédait le dernier chocolat du distributeur mais qu’en plus il ne pouvait pas partager comme dans la pub. L’image le fait malgré́ tout sourire. Comment peut-il faire une comparaison aussi stupide dans un tel moment ?
La vue du souffrant le ramené sur terre.
Dans son boulot, aux mœurs, il a déjà̀ vu des gens déchaines, des femmes bafouées, violées et battues, des blessés graves et des tonnes de victimes en tous genres. Mais jamais il n’a vu une telle détresse sur un visage.
Grégoire a les yeux entrouverts, gonfles d’avoir trop pleuré. Son teint est cadavérique et, bien que sur papier il soit censé́ avoir vingt-deux ans, il en parait plus du double. Karel pense immédiatement à cette phrase que son collègue Fred lui sort à chaque fois qu’ils croisent un vieux flicard qui sent la naphtaline : « ce type est mort mais il ne le sait pas encore ».

4ème de couverture :

Bruxelles 2016. Au lendemain d’une vague d’attentats, des fresques pornographiques apparaissent sur les façades des quartiers populaires de la capitale et secouent l’opinion publique. Épaulé par Fred Boland, jeune recrue immature, l’inspecteur Karel Jacobs est confronté à une série de crimes sexuels d’une perversité sans nom. Les sévices s’enchaînent mais les victimes ne se ressemblent pas. Et le duo est rapidement dépassé par une enquête pavée de violence qui l’emmène dans les recoins sensibles de la ville. Samira, jeune mineure émancipée est retrouvée violée en plein cœur de Molenbeek. Sa route croise le chemin de Virgile Plisson, flic infirme relégué à la paperasserie et ancien membre de la cellule tag, prêt à tout pour reprendre du service. Du folklore estudiantin aux codes du street art, Clarence Pitz nous emmène dans les profondeurs de Bruxelles à travers un thriller rythmé et immersif basé sur un fait divers attesté, celui des fresques clandestines de Bruxelles.

Ce qu’Elisa en pense…

Comment commencer cette chronique ? Je ne sais pas trop. J’ai tellement de choses à dire sur cet exploit. J’ai rarement ressenti cette admiration et cet ahurissement face à un tel accomplissement. L’auteure a su créer et monter une intrigue fascinante et originale. Son roman est riche sur tous les axes.

J’ai éprouvé beaucoup d’empathie, d’affection et d’amitié pour les personnages de cette histoire.  Ils ont l’air si vivants et si réels. J’avoue qu’ils vont me manquer. La psychologie des personnages est très profonde. Clarence Pitz a admirablement bien su donner de la consistance à ses protagonistes.

La plume de Clarence m’a séduite. Quand on la lit, on se sent apaisée, rassurée et entourée. Son style est ambivalent. On oscille entre la douceur et la rigidité, entre le franc et la subtilité, entre la poétique et le « osé ». Clarence Pitz dit ce que personne d’autre n’ose exprimer. Dans tous les cas, c’est vraiment efficace.

Un point m’a beaucoup marqué. Souvent, dans les romans noirs qui traitent de violences sexuelles, les victimes sont ordinairement des femmes. Clarence Pitz a osé casser les codes et faire subir ces sévices à des figures masculines. Effectivement, j’ai trouvé que cela apportait du renouveau au genre.

Dans cette œuvre de génie, on touche à beaucoup de thématiques. On y aborde la drogue, les crimes en tous genres, le Street Art, les abus, les violences sexuelles, ou encore l’enquête policière. Pour résumer, on ne s’ennuie pas !

Habituellement, j’ai toujours quelque chose à redire, que ce soit sur la chute, le style, la structure ou encore les personnages. Mais, cette fois, je dois dire que même en me creusant la tête, je ne trouve pas. Vraiment, je n’ai rien à reprocher à ce merveilleux roman.

Il est donc évident que pour moi, ce chef-d’œuvre est plus qu’un coup de cœur. Un coup de foudre !

(Je tiens quand même à signaler que ce livre n’est pas à mettre entre toutes les mains. Il est dur, violent et cru. Donc, attendez-vous à du lourd en tournant la première page, car l’auteure va assez loin dans les violences qu’elle fait subir à ses personnages.)

Bien sûr, je ne vous en dirai pas plus. À vous de découvrir Clarence Pitz au travers de ce trésor artistique.

Ineffaçables ? Non, ce bouquin ne s’effacera pas si facilement de ma mémoire.


Ineffaçables – Clarence Pitz – Editions Nouvelle Bibliothèque – 510 pages – 2019


 

6 commentaires sur « Ineffaçables – Clarence Pitz »

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s