Le cri du lièvre – Marie-Christine Horn

Extrait :

J’en choisis une, de ces rescapées d’un siècle en perdition, insalubre à souhait. L’état des planches, vermoulues et bancales, me rappelait ma vie qui tombait en ruines. Nous étions identiques. Elle avait résisté aux éléments, refusant de s’aplatir définitivement sous la dictature implacable du temps qui passe. Si elle en était capable, j’étais confiante, j’y parviendrais. Si la nature l’avait préservée jusqu’ici, elle ne me rejetterait pas non plus. Et, surtout, si on l’avait laissée dépérir, l’abandonnant à son sort sans la consolider sporadiquement ni lui apporter le coup de grâce, c’est que fort probablement son propriétaire était coincé entre du bois de sapin à six pieds sous terre. On m’y ficherait donc la paix.

4ème de couverture :

Je fouille l’alpage des yeux…Ici où tant d’impudents se sont perdus, trahis par des chemins similaires et par l’étendue trompeuse, je ne suis plus la femme inutile qui pleure en cachette dans sa salle de bain. Ici, je suis la reine, et on me respecte. C’est pourquoi chaque samedi, chaque dimanche à la météo bienveillante, je m’y réfugie. Se soustraire au miroir. Ne plus sentir l’ecoeurant parfum d’homme qui imprègne les draps de mon lit.»

Marie-Christine Horn est connue pour ses récits policiers, ses nouvelles sombres et acidulées. Avec « le cri du lièvre », elle signe l’une des premières expressions féministes du roman noir en Suisse romande.

Ce qu’Elisa en pense…

Ce roman, c’est une réelle tornade d’émotions et de sentiments. On se retrouve dans la tête d’une femme détruite, perdue et cassée. On rentre dans son jardin secret.

J’ai été fascinée par la détresse de cette femme. Elle n’a plus rien à perdre. J’ai eu envie de la serrer fort dans mes bras, de lui apporter tout mon soutien, de la choyer, de la soigner, de lui donner tout ce qu’on ne lui a jamais donné.

Dans ce roman, il y’a une forte ambivalence entre le raisonnable et l’irraisonnable, le bien et le mal, le personnel et l’universel, l’agréable et l’insupportable…

J’ai beaucoup aimé tout le champ lexical de la nature. Je m’y retrouvais et ressentais mes cinq sens s’éveiller à l’évocation des feuilles mouillées, des branches qui craquent, des arbres et de la mousse verte.

Ne vous fiez pas à la longueur du livre. Certes, il est court, mais, il y’a juste ce qu’il faut, là où il le faut. D’ailleurs, cela ne fait que renforcer cette puissance et cette intensité émotionnelle.

Ce livre n’est pas forcément à mettre entre toutes les mains, telle est sa violence psychologique.

La particularité de ce roman pour moi, c’est que n’importe qui s’y retrouvera. À son échelle bien évidemment, mais chacun trouvera un aspect auquel il est plus sensible.

La plume de Marie-Christine est envoutante, tranchante et apaisante. Cela ne fait que rajouter du poids dans mon envie de découvrir tous ses autres écrits.

Merci, Marie-Christine, pour ce cri ! Merci pour cette voix que tu as su donner à tellement de monde qui a perdu la voix. Merci d’avoir offert une possibilité. Merci d’avoir ouvert les portes.

Et, merci pour ce chef-d’œuvre.


Le cri du lièvre – Marie-Christine Horn – BSN Press – 112 pages – 2019

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24 heures
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6 commentaires sur « Le cri du lièvre – Marie-Christine Horn »

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