Les refuges – Jérôme Loubry

Extrait:

« -Mon Dieu, souffla-t-elle en découvrant le cadavre incomplet.
Un bras manquait, ainsi que la partie basse d’une jambe. Le visage était tourné vers le sable. Des cheveux longs et poisseux tels des algues lui ceignaient le crâne. Sa peau diaphane était parcourue de nombreuses plaies., sans aucun doute dues aux coups de bec ou à l’appétit des poissons carnassiers.
La jeune femme recula lentement. Elle lança un bref regard sur sa gauche, en direction des immeubles, à l’affût d’une quelconque présence vers laquelle se réfugier. Elle aurait aimé pouvoir crier à l’aide, mais en fut incapable. C’était tout juste sir son cerveau parvenait à lui envoyer l’information primordiale: celle de s’éloigner de ce corps d’enfant.
Cependant, un mouvement rapide provenant de la droite attira son attention. Ce mouvement venait du ciel.
Et descendit vers la mer:
Puis remontait.
Valérie n’avait aucune envie de se tourner pour comprendre l’origine de cette danse macabre. Elle aurait aimé fuir hors de cette plage et ne plus entendre les cris rauques qui l’invitaient à regarder au loin. Mais elle n’en eut pas la force. Alors, elle pivota lentement vers la silhouette rocailleuse de l’île, des larmes nouvelles au coin des yeux, et observa les volatiles.
La communauté de mouettes s’était scindée en plusieurs groupes qui, tour à tour, exécutaient le même ballet en des points différents. Les oiseaux plongeaient en piqué pour se nourrir, dérangés dans leur festin pas les assauts hasardeux du ressac qui malmenait leurs proies.
C’est ainsi que, tantôt cachées, tantôt visibles selon le mouvement des vagues, flottant vers la plage, subissant les coups de bec des prédateurs affamés, d’autres dépouilles firent leur apparition. Cinq, six, neuf…Une dizaine de ballots de chairs et d’os émergèrent des eaux froides, tous anormalement gonflés par les gaz provenant des organes en décomposition, tous en partie dévorés par les charognards. »

4ème de couverture:

Installée en Normandie depuis peu, Sandrine est priée d’aller vider la maison de sa grand-mère, une originale qui vivait seule sur une île minuscule, pas très loin de la côte.
Lorsqu’elle débarque sur cette île grise et froide, Sandrine découvre une poignée d’habitants âgés organisés en quasi autarcie. Tous décrivent sa grand-mère comme une personne charmante, loin de l’image que Sandrine en a.
Pourtant, l’atmosphère est étrange ici. En quelques heures, Sandrine se rend compte que les habitants cachent un secret. Quelque chose ou quelqu’un les terrifie. Mais alors pourquoi aucun d’entre eux ne quitte-t-il jamais l’île ?
Qu’est-il arrivé aux enfants du camp de vacances précipitamment fermé en 1949 ?
Qui était vraiment sa grand-mère ?
Sandrine sera retrouvée quelques jours plus tard, errant sur une plage du continent, ses vêtements couverts d’un sang qui n’est pas le sien…

Ce que j’en pense…

Troisième livre de cet excellent auteur qui n’a pas fini de faire parler de lui.
Après Les chiens de Détroit  et  Le douzième chapitre, le voilà de retour avec un thriller ultra psychologique d’une très rare efficacité.

Une atmosphère, encore une fois, toute particulière sur cette île aux relents de guerre, de morts, de brume et de mystères. Un endroit où tu ne voudras pas passer tes vacances, c’est certain !
L’atmosphère, il faut le dire, c’est THE truc chez Jérôme. Il est capable de faire d’une atmosphère un véritable personnage et ce n’est pas courant.

Tout paraît simple, un héritage, une île, des enfants, un mystérieux personnage semblant sorti tout droit d’un conte de fées…Et puis mot après mot, page après page, l’atmosphère s’épaissit, s’alourdit jusqu’à te piéger dans une chape de plomb. Tu voudras, à coup sûr, monter dans le premier bateau pour quitter cette île, mais je suis au regret de t’annoncer que ce ne sera pas possible…

Tu avances, tu découvres, tu commences à percevoir la lumière au bout du tunnel et là, sortis de nulle part, de gros blocs de pierre viendront boucher la sortie et tu te retrouveras dans l’obscurité totale.
Tu te demanderas même si tu n’avais pas piqué du nez sur ton livre et que tout ce dont tu te rappelles n’était finalement pas qu’un rêve.
Tu reprendras, essayeras de comprendre à nouveau, encore et encore et la seule chose qui tournera inlassablement, en boucle, dans ta tête est un poème de Goethe et la chanson « Parlez-moi d’amour » de Lucienne Boyer…

Difficile ? Non, impossible de t’expliquer l’évolution brillante de ce récit sans te spoiler, mais je peux t’assurer que tu seras surpris(e) et ce n’est que le prénom.

Je n’ai pas de boule de cristal (si, si je te jure 😜) et pourtant je peux te dire exactement qu’à 3 reprises, en te précisant même les pages, tu vas poser ton bouquin à côté de toi et t’exclamer « Non, mais le taré ! » ou un « La vache le truc ! ».
La tête sens dessus-dessous, tu vas presque vouloir que ça s’arrête. Simplement parce que tu as oublié l’accessoire essentiel, nécessaire avant de monter sur une montagne russe: le sac à vomi…
Pire encore, la montagne russe se transformera en train fantôme et là tu te demanderas vraiment ce que tu es venu faire dans cette foire. Mais vu que tu es, comme moi, un peu masochiste, tu vas en vouloir encore et encore tellement c’est bon !

« Les refuges » est tout simplement exceptionnel ! Bien plus qu’un thriller, puisque derrière une sordide histoire, se cache une psychologie complexe et terriblement redoutable.
Jerôme joue avec l’esprit comme un chat avec une souris et te fera sillonner le labyrinthe de chaque synapse à en perdre ta propre raison.

A l’instar du « Sixième sens », tu te frapperas le front un nombre incalculable de fois une fois ta lecture terminée en te disant « Mais oui bien sûr, les éléments étaient pourtant là, bien présents… » tout simplement parce que tu n’auras rien vu, rien compris et ce jusqu’à la dernière page…Et pourtant tout s’imbrique comme la mécanique d’une montre suisse.

Si tu cherches dans le dico la définition d’un « Loubry » tu y trouveras:
Homme, fort sympathique, doté d’un esprit à l’imagination débordante voir perverse,  capable de te mener en bateau comme personne.
Fais preuve de prudence si tu le croises, il est très dangereux et n’a clairement pas fini de faire parler de lui !

Ce livre est tout simplement le meilleur thriller psychologique que j’ai jamais lu !!!!

Tout est question de balises. Alors ? Es-tu prêt(e) à les trouver ? A leur faire face ?

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Les refuges – Jerôme Loubry – Editions Calmann-Lévy – 360 pages – 2019

AUTRES CHRONIQUES:
Les chiens de Détroit
Le douzième chapitre

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Der Erlkönig

Wer reitet so spät durch Nacht und Wind?
Es ist der Vater mit seinem Kind;
Er hat den Knaben wohl in dem Arm,
Er faßt ihn sicher, er hält ihn warm.

Mein Sohn, was birgst du so bang dein Gesicht?
Siehst Vater, du den Erlkönig nicht?
Den Erlenkönig mit Kron und Schweif?
Mein Sohn, es ist ein Nebelstreif. 

« Du liebes Kind, komm, geh mit mir!
Gar schöne Spiele spiel ich mit dir;
Manch bunte Blumen sind an dem Strand,
Meine Mutter hat manch gülden Gewand. »

Mein Vater, mein Vater, und hörest du nicht,
Was Erlenkönig mir leise verspricht?
Sei ruhig, bleibe ruhig, mein Kind !
In dürren Blättern säuselt der Wind.

« Willst, feiner Knabe, du mit mir gehn ?
Meine Töchter sollen dich warten schön;
Meine Töchter führen den nächtlichen Reihn
Und wiegen und tanzen und singen dich ein. »

Mein Vater, mein Vater, und siehst du nicht dort
Erlkönigs Töchter am düstern Ort ?
Mein Sohn, mein Sohn, ich seh es genau :
Es scheinen die alten Weiden so grau.

« Ich liebe dich, mich reizt deine schöne Gestalt;
Und bist du nicht willig, so brauch ich Gewalt. »
Mein Vater, mein Vater, jetzt faßt er mich an!
Erlkönig hat mir ein Leids getan!

Dem Vater grauset’s, er reitet geschwind,
Er hält in den Armen das ächzende Kind,
Erreicht den Hof mit Mühe und Not;
In seinen Armen das Kind war tot.

Le Roi des aulnes

Qui voyage si tard par le vent et la nuit? 
C’est un père avec son enfant.
Il le tient serré contre lui,
l’enlace et le réchauffe.

Mon fils, pourquoi caches-tu ton visage effrayé?
-Mon père, ne vois-tu pas le roi des Aulnes,
le roi des Aulnes avec sa couronne et sa queue.
– Mon fils, c’est un nuage qui passe.

« Ô doux enfant, viens avec moi, 
nous jouerons ensemble à des jeux riants;
j’ai de belles fleurs sur le rivage 
et ma mère a beaucoup de vêtements d’or. » 

– Mon père, mon père, n’entends-tu pas 
ce que le roi des Aulnes me murmure tout bas?
– Paix, mon enfant, paix!
Le vent chuchotte dans les feuilles sèches.

« Veux-tu venir, ô doux enfant, 
mes filles charmantes t’attendent 
mes filles te berceront la nuit 
et chanteront pour toi. »

 Mon père, mon père, ne vois-tu pas 
le roi des Aulnes dans ce passage sombre ?
-Mon fils, mon fils, je le vois exactement
Ce sont les rameaux si gris des vieux saules.

« Je t’aime, ton beau visage m’attire,
et si tu ne me suis pas, je t’enlève de force. » 
– Mon père, mon père, le voilà qui me saisit.
Le roi des Aulnes me fait mal,

Le père effrayé hâte sa marche,
serrant dans ses bras son fils gémissant;
il atteint péniblement sa demeure,
et lorsqu’il arrive, l’enfant était mort.

 

8 commentaires sur « Les refuges – Jérôme Loubry »

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