Ils étaient vingt et cent – Stanislas Petrosky

Extrait:

C’est ainsi que je fus promu illustrateur officiel de Ravensbrück.
J’en éprouvais tout d’abord de la joie…
Finis les appels interminables dans le froid et le vent. Finie la surveillance, je n’avais plus à jouer le rôle de « maton », forcer ma nature et ne manifester que de la méchanceté vis-à-vis des prisonnières et surtout je n’avais plus besoin de me dissimuler, je pouvais dessiner toute la journée…
Elle donna des ordres pour qu’on me fournisse en matériel. Fini le cahier aux pages jaunies que je roulais dans mon pantalon pour le cacher à la moindre alerte, fini le bout de fusain qui s’épuisait trop rapidement. On me remit une besace en cuir avec tout un stock de belles feuilles blanches et des mines de plomb sans compter. En plus, j’allais et venais à ma guise dans le camp pour œuvrer là où il me semblait bon.
Je ne savais pas si je devais avoir honte de ces privilèges, je me sentis mal à l’aise vis-à-vis des collègues, et encore plus des prisonnières. Dessiner sans me cacher était ce qui pouvait m’arriver de mieux. J’étais fier qu’on reconnaisse mon talent. Même si j’illustrais des horreurs, même si je croquais la mort, même si ce n’était pas ce dont j’avais rêvé comme carrière artistique, j’étais reconnu par des autorités, qui me paraissaient monstrueuses, par des gens instruits, des êtres bien supérieurs à moi qui débarquais de ma campagne. Je ne pouvais refuser une telle offre, c’était un cadeau du ciel. D’ailleurs avais-je le choix ?

4ème de couverture:

Un roman noir glaçant, pour ne jamais oublier.
L’histoire d’un homme qui a vu la construction et la libération du plus grand camp d’extermination de femmes du IIIème Reich, un homme qui a vécu des deux côtés des barbelés et qui a eu la vie sauve grâce à son art.

Gunther, jeune allemand opposé au régime nazi, excelle dans l’art du dessin.
Il se retrouve promu illustrateur officiel du camp de Ravensbrück, son œil d’artiste interprète la vie et surtout la mort.
L’histoire d’un homme qui a vu la construction et la libération du plus grand camp d’extermination de femmes du IIIème Reich, un homme qui a vécu des deux côtés des barbelés.

Ce roman n’est pas un livre d’histoire, mais tous les faits cités sont véridiques, des hommes et des femmes les ont pratiqués, d’autres les ont subis et en sont morts.
Certaines dates ont été légèrement modifiées par l’auteur afin de pouvoir y inscrire son récit.
Ce livre est sombre, violent, l’auteur utilise des mots crus, odorants, bruyants, gênants, qui brûlent les yeux et peuvent révolter, simplement pour ne pas oublier que c’était il n’y a pas si longtemps, et que ce n’était pas de la fiction.

Ce que j’en pense…

A chaque fois, tu crois que tu as tout lu, tout vu, tout entendu sur ce terrible sujet et à chaque fois tu découvres pire encore…
Pire que ce que tu as déjà pu imaginer…
Pire que ce que tu as déjà pu digérer…
Pire que tout…

Stanislas te décrit toute l’horreur du camp de Ravensbrück, camp de concentration, de travail, destiné principalement aux femmes. Non pas que ce soit pire d’y voir des femmes plutôt que des hommes, mais juste de constater que vraiment personne n’a été épargné, même pas les putes.

Toujours difficile de dire d’un tel récit que ce fût un coup de cœur. Comment éprouver quelque chose de positif face à une telle horreur ?

C’est bien sûr percutant, horrible, terrible, à vomir et va clairement falloir t’accrocher mais, le récit est juste. Stanislas Petrosky raconte et ne prend pas parti. Au contraire, et j’ai particulièrement apprécié cet aspect-là. Il ne se contente pas de parler de la souffrance des juifs et autres déportés. Il ne se contente pas de l’étaler. Il la décrit avec une forme de respect.

Il aborde aussi et surtout la souffrance d’Allemands non nazis qui n’ont fait, eux aussi, que subir. Qui n’avaient d’autres choix que de se plier à une dictature de l’horreur qu’ils n’ont pas choisie, qu’ils haïssaient. Pour sauver leur peau, comme Gunther a dû le faire en dessinant l’innommable.

Paradoxalement, ce récit est empli de poésie, de pensées magnifiques, de solidarité. Parce qu’au détour de l’ignominie, il y a l’amour et l’espoir. Parce que l’humain est fait de telle manière. Parce que son but est de survivre envers et contre tout, envers et malgré tout…Comme il peut, si il peut…

Un livre à lire absolument pour ne jamais oublier !

Et puis, au passage, si tu veux voir une série, absolument fabuleuse, qui traite de cette partie de l’histoire, mais des yeux des Allemands, fonce sur  Generation war, tu ne le regretteras pas !

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Ils étaient vingt et cent – Stanislas Petrosky – Editions French Pulp – 2019 – 240 pages

AUTRE CHRONIQUE: L’amante d’Etretat – S. Petrosky -2016

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5 commentaires sur « Ils étaient vingt et cent – Stanislas Petrosky »

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