Mon père – Grégoire Delacourt

Extrait:

« Il n’y a plus d’anges, plus de miséricorde, plus de loi – pas plus que de pitié ou de salut.
Juste la lacération de nos vies.
« Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. »
Alors voici le glaive. Voici mon couteau à désosser.
Et puisque selon les oeuvres il est rétribué – fureur pour les adversaires, châtiments pour les ennemis -, on devrait toujours tuer ceux qui tuent nos enfants. Mais il faudrait pour cela être soi-même un serpent, une toxicité, parvenir à rejeter l’hypocrisie de la civilité et oser penser que c’est parfois « la guerre qui répare et la paix qui sépare ». Et c’est sans doute à cause de cela que la justice a été inventée, âprement négociée, afin d’éviter les carnages, les couteaux dans le front, les doigts coupés et les coeurs arrachés. »

4ème de couverture:

« Mon Père c’est, d’une certaine manière, l’éternelle histoire du père et du fils et donc du bien et du mal. Souvenons-nous d’Abraham.
Je voulais depuis longtemps écrire le mal qu’on fait à un enfant, qui oblige le père à s’interroger sur sa propre éducation. Ainsi, lorsque Édouard découvre celui qui a violenté son fils et le retrouve, a-t-il le droit de franchir les frontières de cette justice qui fait peu de cas des enfants fracassés ? Et quand on sait que le violenteur est un prêtre et que nous sommes dans la tourmente de ces effroyables affaires, dans le silence coupable de l’Église, peut-on continuer de se taire ? Pardonner à un coupable peut-il réparer sa victime ?
Mon Père est un huis clos où s’affrontent un prêtre et un père. Le premier a violé le fils du second. Un face à face qui dure presque trois jours, pendant lesquels les mensonges, les lâchetés et la violence s’affrontent. Où l’on remonte le temps d’avant, le couple des parents qui se délite, le gamin écartelé dont la solitude en fait une proie parfaite pour ces ogres-là. Où l’on assiste à l’histoire millénaire des Fils sacrifiés, qui commence avec celui d’Abraham.
Mon Père est un roman de colère. Et donc d’amour. »

Ce que j’en pense…

« Mon père », c’est une histoire entremêlée de père. Comme un assortiment des différentes variations du même mot et c’est subtil.
Le père d’Edouard, qui lui a mis un couteau dans les mains dès son plus jeune âge. Le père pédophile en puissance qui a abusé de Benjamin, son fils et le père qui se veut compréhensif et bienveillant.

Comme face à un de ces manèges à l’ancienne, avec ses chevaux. Tu verras passer ces pères. Tu les verras tourner devant tes yeux jusqu’à en attraper le tournis et tu vas clairement finir par vomir…

Une alternance passé-présent au sein même du texte. Cela peut te paraître déroutant dit comme ça et pourtant c’est tellement habilement bien géré, que tu t’y retrouveras sans aucun problème. La plume est précise, acérée, exquise, envoutante et puissante. Pour ma part, un véritable coup de foudre pour cette plume !

Edouard, dès l’âge de 12 ans, travaille avec son père à la boucherie. Il grandit dans l’ombre de Dieu, de par sa mère. Il devient adulte et a, à son tour, un enfant prénommé Benjamin.
Un parallèle est brillamment créé tout au long avec l’histoire d’Isaac. Un rapport à la bible ultra percutant.
Des bouts de vies entremêlés, des snapshots d’un passé plus ou moins heureux. Des choix, des décisions qui apporteront leur lot de culpabilité à tous.

« Mon père », c’est l’histoire d’Edouard qui se bat pour son fils. Le récit d’une vengeance, d’une justice, d’une volonté de nuire à celui qui a détruit. Ce questionnement sur la possibilité ou l’impossibilité de rendre œil pour œil, dent pour dent. Cette soif qui te bouffe le ventre, mais qui n’est pas si simple à assouvir.

C’est surtout un huis clos perturbant, dérangeant…

Pour ma part, à chaque fois qu’Edouard voulait en entendre plus, j’ai eu envie de hurler d’arrêter, j’ai eu envie de tout lâcher…
J’ai pourtant continué mais ce fut difficile….

Le récit devient alors duel…
Révoltant…
Difficile…
A gerber…
Pour de vrai…

Puis vient le final , ébouriffant et te voilà libéré.
Enfin capable de poser ce livre et de penser…Plus jamais ça…

Sois prêt à le lire parce que c’est dur mais ne passe pas à côté parce que c’est un véritable bijou, une pépite. C’est tout simplement magistral !

A toi de voir…

Petit clin d’œil:  Edouard est devenu restaurateur de voitures anciennes. J’ai, bien évidemment, surkiffé 🙂 forcément puisque c’est notre business à nous et que ça ne se retrouve pas à chaque coin de livre 🙂

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Mon père – Grégoire Delacourt – Editions JC Lattès – 256 pages – 2019

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6 commentaires sur « Mon père – Grégoire Delacourt »

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