Swiss Trash – Dunia Miralles

Extrait:

« Avec la même aisance que si elle allait se retaper la façade dans les toilettes de l’hôtel des Bergues, Véronique enlève la veste de son tailleur rose, extrait une trousse à maquillage de son sac, en tire un minuscule couteau suisse, une cuillère et un flacon jaune de jus de citron; elle déplie le pacson de peufe, prend une pointe avec le couteau, la met dans la cuillère, verse une goutte de jus de citron, ajoute une larmichette d’eau d’une bouteille en plastique qui se trouve sur la table, chauffe le mélange, déballe la seringue à insuline, trempe un morceau de filtre à cigarette qu’elle vient d’arracher avec les dents et rouler en boule, aspire le liquide saturé de Brown à travers le coton, éjecte la bulle d’air d’une pichenette, enlève les Ray-Ban suspendues à son cou par une classieuse cordelette couture, enroule cordon autour du biceps, immobilise habilement le garrot avec la paire de lunettes, plie, déplie le bras trois fois, tapote, sent une veine; elle s’enfonce l’aiguille, pompe, le sang monte du premier coup; elle desserre le garrot, s’injecte la dope, range la pompe et le reste du matos dans la trousse et la trousse dans le sac. Quand elle remet ses lunettes sur le nez, la fille nordique s’est déjà envoyé un fixe avec les résidus du coton de Véronique.
Cathy et sa copine s’arrachent de la tente rapidement, s’éloignent de la foule hébétée, sortent du parc, se mêlent aux touristes de la vieille ville.
Dans leur dos, le Palais Fédéral profite placide des derniers rayons du jour tandis qu’à ses pieds, crèvent les enfants de la mythique Helvétie. »

4ème de couverture:

Après la mort de son compagnon, Cathy s’oublie dans les concerts rock et les bras d’hommes qu’elle choisit au hasard. Ailleurs. Marie descend des litres d’alcool pendant que Gloria saute de lit d’avocat en lit de diplomate, déterminée à faire un beau mariage. Dans un processus de violence et d’autodestruction, diverses rencontres les mènent du sexe à la drogue. Leur route croisera aussi celle de Constance, rebelle mi-fille mi-garçon, une justicière qui cogne aussi fort qu’un boxeur. L’histoire se déroule sur fond de guerre yougoslave, dans une Suisse où la vie n’a pas l’arôme de son chocolat, à une époque où la scène ouverte de la drogue existait encore.

Ce que j’en pense…

Voilà bien longtemps que ce livre a été édité et ce n’est pourtant qu’aujourd’hui que je le découvre…mieux vaut tard que jamais, c’est certain, et ce grâce à une amie auteure que j’estime beaucoup. Merci Marie-Christine 🙂
La fiction réelle tu connais ? Non, je sais c’est un oxymore et pourtant c’est ce que nous offre Dunia Miralles avec Swiss Trash.

A l’inverse des clichés d’une Suisse propre en ordre, des coucous, des banques et du chocolat, Swiss Trash, comme son nom l’indique nous dépeint l’image d’une Suisse bien différente. Celle des marginaux, de la misère des scènes ouvertes de la drogue qui ont fait couler beaucoup d’encre dans les années 80-90. Que ce soit Berne ou Zurich, le récit est édifiant, percutant…

Il y avait bien longtemps que je n’avais pas éprouvé cette sensation. J’avais 14 ans et c’est à la lecture de « Moi Christiane F, 13 ans, droguée, prostituée que je l’avais ressentie. (Non je ne te dirai pas combien d’années ça fait 😜). Cette sensation qui ne s’explique pas. Cette sensation dérangeante, étouffante. De ce quelque chose que tu préférais ne pas voir, ne pas entendre, ne pas lire. Cette sensation où tu te dis « mais non c’est pas possible » – « A ce point-là ? » Cette sensation qui te laisse une boule au bide.

Swiss Trash, c’est une histoire de femmes, une histoire où les hommes sont tous des salops, des vermines. Une histoire où l’amour se veut passionné ou destructeur… ou les deux.
Ce sont des tranches de vie, des tranches de mort, une misère qui s’étale, se répand comme une coulée de boue. Des destins tragiques qui se rencontrent, s’entrechoquent. C’est dur, c’est noir et c’est pourtant beau quelque part.

Dunia, un peu à la manière de Despentes, a cette incroyable capacité à rendre poétique un langage cru et vulgaire. Un tour de main éblouissant. Une plume acérée comme une lame de scalpel, ses mots tranchent dans le vif d’une sordide réalité.

Swiss Trash, ça cogne, ça claque, ça percute. C’est, il faut tout de même le dire, pour un public averti.
C’est un livre qui se lit, mais ne s’explique pas.
Un livre où tu observes ces femmes, cette déchéance, cette auto-destruction, cette douleur et tu te sens juste impuissant. Tu voudrais leur tendre la main, mais quelque part, et c’est le pire, tu sais que c’est inutile.

Et puis, au final , tu te dis que ta vie à toi est loin d’être à chier et ça a presque un effet feel-good…

A lire absolument !

Swiss Trash – Dunia Miralles – Edition l’âge de l’homme ou La Baleine – 202 pages – 2000

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