L’empathie – Antoine Renand

Extrait:

« Quand ils se décidèrent enfin à s’enfoncer dans le métro, ils ne l’aperçurent pas non plus qu’il les suivait ; ni quand ils arpentèrent les longs couloirs souterrains. Ni quand ils pénétrèrent dans la rame de la ligne 2, direction nation, et qu’Alpha vint se poster non loin. Assis et occupés à se bécoter et à se caresser encore, ils ne prêtèrent pas attention à l’inconnu debout qui les observait. Qui scrutait l’entrecuisse de l’homme pour y déceler son érection dissimulée, tandis qu’il embrassait à nouveau la femme.
Ils ne virent pas non plus lorsqu’ils sortirent du métro, station Monceau, tandis qu’Alpha les filait, se débarrassant au passage de sa casquette dans une poubelle, pour libérer ses cheveux. Ni quand ils dînèrent ensemble à la terrasse d’un restaurant, au croisement des boulevards Malesherbes et de Courcelles pendant une heure et vingt minutes, et qu’Alpha ne bougea, ni ne les quitta du regard, depuis un trottoir situé en face. Ni quand la jeune femme ramena son compagnon chez elle. »

4ème de couverture:

Vous ne dormirez plus jamais la fenêtre ouverte.

 » Il resta plus d’une heure debout, immobile, face au lit du couple. Il toisait la jeune femme qui dormait nue, sa hanche découverte. Puis il examina l’homme à ses côtés. Sa grande idée lui vint ici, comme une évidence ; comme les pièces d’un puzzle qu’il avait sous les yeux depuis des années et qu’il parvenait enfin à assembler. On en parlerait. Une apothéose.  »
Cet homme, c’est Alpha. Un bloc de haine incandescent qui peu à peu découvre le sens de sa vie : violer et torturer, selon un mode opératoire inédit.
Face à lui, Anthony Rauch et Marion Mesny, capitaines au sein du 2e district de police judiciaire, la  » brigade du viol « .
Dans un Paris transformé en terrain de chasse, ces trois guerriers détruits par leur passé se guettent et se poursuivent. Aucun ne sortira vraiment vainqueur, car pour gagner il faudrait rouvrir ses plaies et livrer ses secrets. Un premier roman qui vous laissera hagard et sans voix par sa puissance et son humanité.

Ce que j’en pense…

Beaucoup ont parlé de terreur. Même la punch line  » Vous ne dormirez plus jamais la fenêtre ouverte » ainsi que le quatrième de couv le sous-entendent.  Comme souvent, je ne suis pas d’accord avec ces lignes qui argumentent dans le faux sens mais pour une fois, en mieux. Ce récit a, certes, quelque chose de terrifiant mais ce n’est en aucun cas ce que j’en retiens.
J’y ai vu, pour ma part bien plus et c’est ce qui aurait dû être mis en avant.

Un thriller au début que l’on pourrait tout à fait qualifier de classique, standard. Tu te diras même « mouais encore une histoire de violeur en série », sujet vu et revu, utilisé et réutilisé alors que tu te fourreras le doigt dans l’œil jusqu’à l’omoplate.
L’histoire évolue d’une manière surprenante et même, il faut le dire, de manière brillante.

Au travers d’Alpha, son violeur en série, Antoine Renand aborde une multitude de sujets épineux. Le viol, les victimes, le violeur et les conséquences sont abordés sous toutes les coutures, sous toutes les visions qu’elles soient intérieures ou extérieures. Il nous parle aussi au travers d’Alpha de la place de l’homme vis à vis de la femme. Clairement d’actualité et non dénué de sens. Le panel d’émotions est infini et ultra percutant.

Les twists sont redoutables mais il est impossible de te l’expliquer tant l’histoire est complexe. Si je t’en parle, je spoile…Je vais donc rester volontairement vague et te laisserai, toi même découvrir cette histoire absolument géniale.

Ce que je peux, par contre, te dire, c’est que les personnages sont eux-mêmes des intrigues. Tu en arrives à chercher sur tous les tableaux et ton cerveau va mouliner sec.
Je peux aussi te dire que Marion et Anthony, les flics, n’ont pas rejoints la brigade du viol par hasard et tu découvriras pourquoi au fur et à mesure du récit.
Que d’habiles indices traînent par-ci, par-là. Il faut être attentif et connaître 2-3 principes mais c’est admirablement bien foutu.
Que l’auteur a habilement donné un caractère, un passé  ou une profession à chacun de ses personnages pour pouvoir explorer toutes les différentes visions de la problématique. C’est fortiche !
Qu’Antoine Renand est allé plus loin dans l’atteinte. Il a osé faire mal à ceux qui ne devraient pas et c’est rare. Et moi j’adore 😜
Que la relation avec le cinéma est omniprésente. On sent clairement le côté scénariste de l’auteur et sa capacité à monter une histoire.
Qu’il est difficile de croire qu’il s’agit là d’un premier roman tant il est maitrisé et abouti.
Que c’est, pour moi, un vrai coup de foudre.
Qu’Alpha, son violeur est un tueur redoutable, habilement créé mais qui, pour ma part, a fini par devenir secondaire.
Que j’ai été totalement bluffée par la teneur du récit, de la qualité psychologique des personnages et de la trame.
Que c’est un excellent thriller mais vraiment pas que. J’y ai trouvé une profondeur peu commune, une belle humanité ainsi qu’une rare sensibilité.
Que j’ai tourné la dernière page en éprouvant une sensation bizarre. Comme si je ne savais plus très bien qui était méchant et qui ne l’était pas.
Que mes émotions avaient été clairement mises à mal dans tous les sens du terme.
Que ce qui était effrayant n’était pas la peur de laisser ma fenêtre ouverte mais à l’inverse, de comprendre et c’est là que j’ai vraiment pris une claque.

Mais ce que je peux surtout te dire, c’est qu’il te faut retenir son nom: Antoine Renand.
Il débute supra fort et signe là un livre qui restera dans les annales.

L’empathie, c’est une remontée dans les origines du mal…

L’empathie est peut-être la clé…

L’empathie est sans doute la différence….

Satisfait ou remboursé, t’as qu’à m’envoyé un mail mais je ne prends aucun risque sur ce coup-là 😉

L’empathie – Antoine Renand – Editions Robert Laffont / la bête noire – 464 pages – 2019

 

 

12 commentaires sur « L’empathie – Antoine Renand »

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