Le manufacturier – Mattias Köping

Extrait:

 » Il activa le diaporama et les photos défilèrent à un rythme d’une toutes les cinq secondes. Toutes les boursouflures de la décomposition ajoutaient à l’horreur sidérante de cette sculpture. Cela faisait sens: une composition à base de décomposition. La quintessence même d’un art décadent. C’était réellement une mise en scène incroyable, comme on n’en voit qu’au cinéma. Le cinéma…quelle pitoyable connerie ! Si toutes les archives de toutes les guerres ou toutes les photos des dossiers criminels étaient déversées dans le domaine public, les pires films d’horreur seraient relégués au rang de bluettes pour pucelles timides. Et il y avait justement de ça dans le crime: l’exhibition d’une rage carnassière sans limite. Le ou les types qui avaient commis ce forfait étaient doués d’une volonté supérieure. Ils affirmaient par cette destruction leur affranchissement de toutes les normes. Il avait certes arrêté des tueurs et des violeurs, mais cette scène-là relevait d’une autre dimension: c’était le monde de la super-prédation. »

4ème de couverture:

Le 19 novembre 1991, une poignée de paramilitaires serbes massacrent une famille à Erdut, un village de Croatie. Laissé pour mort, un garçonnet échappe aux griffes des tortionnaires, les Lions de Serbie. Un quart-de-siècle plus tard, l’avocate Irena Ilić tente de remonter la piste jusqu’à la tête du commando, le sinistre Dragoljub.
Le 1er avril 2017, les cadavres d’une femme et de son bébé sont retrouvés dans la banlieue du Havre, atrocement mutilés. Niché dans le dark Web, un inconnu sous pseudonyme revendique le double meurtre et propose les vidéos de ses crimes à la vente sur son site Internet… Depuis quand sévit-il ? Prêt à transgresser la loi, le capitaine de police Vladimir Radiche s’empare de l’affaire qui sème la panique sur le pays, au risque de voir l’inimaginable s’en échapper.
Les deux investigations vont se percuter avec une violence inouïe. L’avocate et le flic ont des intérêts divergents et sont prêts à se livrer une guerre sans merci. Emportés dans l’abîme du terrifiant conflit yougoslave, les enquêteurs évoluent dans un vertige noir, gangrené par la violence et la corruption, où les plus pourris ne sont peut-être pas ceux que l’on croit. Crimes contre l’humanité, meurtres en série, fanatismes religieux, trafics entre mafias sans scrupules, l’étau se resserre au fil des chapitres. Les égouts de l’Histoire finiront par déborder, et vomir des monstres trop vite oubliés.
N’ayez pas peur.
Oui, il y a tout cela dans Le Manufacturier. Non, il n’y a pas d’autre issue.

Ce que j’en pense…

Il y a des livres qui sont inchroniquables. Des récits pour lesquels il est impossible d’en sortir la substance tant elle est complexe, tant elle est dure. De ces histoires où quoi que tu dises, ce ne sera jamais assez…Celle-là en particulier.

Mattias nous emporte dans une fiction qui est, finalement, une non-fiction. Un récit qui pourrait être un documentaire. L’histoire d’un peuple, de plusieurs peuples qui ont vécu le pire, qui ont vu toutes les horreurs…Il le raconte très bien et moi, je ne pourrai pas te l’expliquer. Pas avec mes mots. Tout se bouscule dans ma tête tellement ce récit m’a bouleversée.
J’ai pris beaucoup de notes pendant cette lecture. Je pourrai en faire une chronique de 40 pages et pourtant ça ne voudrait pas dire grand-chose et puis tu as mieux à faire. Je vais essayer alors d’être le plus brève possible.

Je pourrai de te dire qu’au départ c’est ardu et qu’il faut s’accrocher. Beaucoup de personnages, beaucoup de situations mais un fois monté dans le train, le TGV c’est pipi de chat à côté.

Je pourrais te dire que j’ai dévoré les 549 pages à la vitesse grand V mais que, en revanche, je te conseille de le lire en suivi pour être en immersion totale.

Je pourrais te dire que c’est un livre complexe aux ramifications multiples.

Je pourrais te dire qu’il est question de guerre, de criminels de guerre, de gamines qui tapinent, de came qui tombe comme la neige, du fric qui passe de mains en mains…décrit dans les moindres détails et que ce n’est clairement pas à mettre entre toutes les mains.

Je pourrais te dire que tu auras à faire à la lie humaine dans toute sa splendeur…Que ce livre décrit l’humanité dans tout ce qu’elle a de pire…Que tu rencontreras les pires tueurs de tous les temps…Que tu devras être prêt…à tout…

Je pourrais te dire que les personnages sont fabuleusement étoffés psychologiquement. Que ce soit le manufacturier, Zéro ou Irina, ils sont tous remarquables.

Je pourrais te dire que ce récit est marquant , révulsant, abominable, intense, bouleversant, foudroyant, terrifiant…Et que comme Milovan, tu pourrais ensuite faire d’horribles cauchemars.

Je pourrais te dire que c’est une mécanique digne d’un horloger suisse.

Je pourrais te dire que malgré tout, toute cette violence, ces horreurs ne sont pas placée là gratuitement. Il n’y a pas surenchère. Juste une réalité.

Je pourrais te dire que j’ai appris beaucoup de choses, historiquement parlant et que cela a suscité en moi beaucoup de questions suivies de pas mal de recherches.

Je pourrais te dire qu’au moment où tu penses avoir compris ou avoir vu le pire, l’effet boomerang est redoutable (Prévois de t’entourer de papier bulle 😜)

Je pourrais te dire qu’il te deviendra difficile de juger le bien du mal et que ce sera plutôt juger le mal du pire…

Je pourrais te dire qu’il y aura un avant et un après comme peu de récits sont capables de le faire.

Je pourrais te dire qu’après avoir refermé ce livre…l’humanité m’a donné envie de gerber plus encore qu’avant…et que je la hais profondément !

Je pourrais t’en dire beaucoup encore mais aucun mot ne peut décrire mon ressenti et je te fais perdre ton temps à lire ces lignes alors que tu pourrais déjà l’avoir commencé !

Dire que c’est un chef d’œuvre serait malvenu vu le contenu, ce serait avouer aimer le pire mais pourtant cela en est un pour de bon !

Chapeau Mattias, vraiment !

 

Le manufacturier – Mattias Köping – Editions Ring – 549 pages – 2018

7 commentaires sur « Le manufacturier – Mattias Köping »

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