Sinestra – Armelle Carbonel

Extrait:

« Perché au-dessus des hommes, je couronnais la vallée et ses torrents. Je dominais le monde. On m’avait érigé en ermite à des lieues de la première bourgade. Dans l’isolement de mes fortifications rayonnaient de grandes salles pourvues de hautes fenêtres et de parquets en chêne. Mon ventre majestueux renfermait onze boyaux et une cage d’escalier pour les relier entre eux. Gardien de cent-vingt lits répartis en chambres spacieuses, j’avalais les âmes et les recrachais quand leur goût devenait amer.
Je m’appelais Val Sinestra
J’incarnais l’œil du cyclone où régnait l’absolu néant convoité par les bienheureux rescapés d’impitoyables combats. Je n’étais pourtant pas ce paradis si souverainement décrit. Signur Guillon m’avait transformé en monstre malveillant. Tapissé de ses ornements macabres qu’il qualifiait d' »œuvres d’art », j’ingérais les représentations d’enfants morts, sans broncher. Accueillais de pauvres mortels en soufflant sur leur salut d’un simple courant d’air. »

4ème de couverture:

Suisse. 1942.
Le Val Sinestra, refuge isolé au cœur de la vallée des Grisons entouré de monumentales montagnes, accueille un convoi de réfugiés fuyant les horreurs de la guerre. Des mères brisées au bras de leur progéniture, des orphelins meurtris et atteints de désordres psychiques. Mais là où ils croyaient avoir trouvé la paix, les résidents vont réaliser que le mal a franchi la frontière avec eux.

Ce que j’en pense…

Chère Armelle,

Puisque tu t’es adressé à moi de manière si intime, si forte, j’ai décidé de ne pas véritablement faire de chronique mais plutôt de t’écrire ces quelques lignes intimement même si d’autres pourront lire.

J’ai bien entendu été ravie de voir ton récit se dérouler dans mon beau pays, qui plus est dans cet incroyable canton qu’est les Grisons. Un canton empli de mysticisme et plus que propice à une histoire comme celle-là. Well done Armelle ! Le choix est excellent !
Tu m’as d’ailleurs bien bluffée de pousser jusqu’à l’utilisation du Romanche alors que la plupart des étrangers ne savent même pas que nous parlons quatre langues dans notre petite Suisse.

Dès le début, tu m’as littéralement transportée dans une autre dimension. Une autre époque forcément, mais aussi et surtout dans un lieu subjuguant qui s’est très vite imposé à moi comme le personnage principal. Je me suis d’ailleurs délectée des chapitres où ce lieu prend, à lui seul, la parole. Ce lieu qui s’exprime avec autant d’émotions m’a subjuguée mais aussi bouleversée.
Une atmosphère absolument incroyable: glauque, sombre, sombre et encore sombre. L’atmosphère est au Val Sinestra ce que le Val Sinestra est à l’atmosphère.

Tu as su, à merveille, créer un lieu perdu, exclu de tout où pourtant les événements, la guerre sont omniprésents. Un lieu où tous sont venus se réfugier, se soigner. Un lieu qui semblait un havre de paix mais qui n’en a que les apparences. Un lieu où les soins revêtent une connotation toute particulière.

Avoir choisi des enfants en personnages quasi principaux s’avère audacieux. Des enfants, c’est toujours un peu dangereux. On a l’habitude de les voir innocents et souvent, les auteurs n’aiment pas y toucher mais tu l’as fait, là, avec brio. Tu as su leur donner la douceur, tu as su les rendre lumineux mais aussi dangereux et subtils. La survie fait évoluer, fait grandir et fait faire des choses que l’on ne ferait pas en temps normal. C’est clairement une évidence dans ton récit qui pointe du doigt une réalité.

Ta plume puissante, complexe, travaillée, obscure et douce à la fois. Ton style direct et pourtant poétique. Tes mots, tes phrases ont résonnés en moi comme un carillon géant laissant derrière lui un écho étourdissant. J’ai eu, par moment l’envie de prendre mes jambes à mon cou et de m’échapper de ce lieu sinistre, alors qu’à l’inverse je me sentais incapable de le quitter. J’avoue même avoir eu une grosse crainte à un certain moment mais qui s’est finalement dissipée. Je pourrai t’expliquer quand et pourquoi mais si d’autres que toi me lisent, ils en sauront trop et ce serait fort dommage.

Tu as su mettre dans ce récit des sentiments puissants, certes parfois, contradictoires mais c’est ce qui en fait toute la force. J’ai été ballotée, remuée, étouffée par cette noirceur qui a semblé vouloir m’avaler goulument. J’ai été plus forte et en suis ressortie…Pas indemne, je dois le reconnaître.

J’ai presque rêvé de ce lieu, au milieu des beautés de la nature, qui enferme pourtant les pires horreurs et je ne peux qu’inviter ceux qui me liraient en dehors de toi, à y séjourner sans tarder.

Je te remercie du fond du cœur, Armelle, pour cette fabuleuse aventure et espère te revoir très bientôt pour pouvoir en parler avec toi de vive voix.

Amicalement

Valérie

PS: Je doute que les personnes qui gèrent actuellement le Val Sinestra utilisent ton oeuvre pour attirer les touristes et je serai curieuse de savoir ce qu’ils en penseraient…
Quoi que…On ne sait jamais…Certains pourraient être tentés d’aller y chercher les fantômes de tous ces enfants. En tout cas, moi, je suis partante !

 

Et psstt ! Y a un concours en ce moment même sur mon blog pour tenter de le gagner ainsi que beaucoup d’autres livres parmi nos favoris de cette année 2018 🙂

 

Sinestra – Armelle Carbonel – Editions Ring – 390 pages – 2018

Pour la petite histoire:

L’hôtel Val Sinestra  existe bel et bien et a été construit au début du 20e siècle à l’endroit où six sources minérales naissaient dans la montagne. L’atmosphère de l’établissement thermal qui a pris fin en 1972, se fait toujours ressentir, car la maison a gardé au possible son style d’origine

L’hôtel & la Berghaus sont situés dans une vallée, au coeur d’une nature rude et intacte, à 1.500 mètres d’altitude, entourés de majestueuses montagnes. En 2011, le Val Sinestra a été élu paysage de l’année par la fondation suisse pour la protection du paysage. Situé à l’extrême sud-est, dans le canton des Grisons, il a été par ailleurs épargné du tourisme de masse. Mais il fait toutefois partie des plus belles régions montagneuses de Suisse, avec ses prés fleuris pittoresques au printemps, avec son air frais de montagne en été, avec ses forêts de mélèzes multicolores en automne et son paysage mystérieux et féerique en hiver. L’air est pur, la population est accueillante et en plus, le soleil brille très souvent tout au long de l’année!

Et si tu veux en savoir encore plus, voir même y séjourner, c’est par ici –> Hôtel Val Sinestra

Publicités

17 commentaires sur « Sinestra – Armelle Carbonel »

      1. C’est vrai mais au final ce n’est pas le fond du fond. De ces histoires où l’intrigue part au second plan et t’en arrive à te ficher de qui a fait quoi tant c’est le reste qui prime…Je sais pas si je suis très clair dan ce que je dis Là 😛

        J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s