Au cœur de la folie – Luca D’Andrea

Extrait:

« Une autre illustration.
Hansel et Gretel, main dans la main, marchant vers chez eux. Marlène pencha le livre vers la lueur de la flamme. Elle scruta le visage des enfants. Ils souriaient. L’histoire avait la meilleur fin possible, évidemment ils souriaient.
« Et ils vécurent heureux »
Mais n’y avait-il pas une ombre sur leur visage ?
L’auteur des illustrations n’avait-il pas voulu suggérer quelque chose, en dessinant les yeux du frère et de la sœur ? N’étaient-ils pas trop grands ouverts, trop heureux ? Comme si ce qu’ils avaient vu et fait les avait changés pour toujours ? N’y avait-il pas un peu de folie, chez Hansel et Gretel ?
Personne n’avait jamais raconté ce qu’il leur était arrivé après ce « ils vécurent heureux ». Comment était devenu Gretel adulte ? Et Hansel ? Avaient-ils fait des cauchemars ? Avaient-ils oublié la sorcière ? Ses cris les avaient-ils poursuivis ? Et quand la sorcière avait cessé de crier, implorer et taper des poings depuis l’enfer du four rouillé, qu’avaient-ils fait ? Avaient-ils exulté ou étaient-ils partis tout de suite ?
Etaient-ils restés horrifiés devant une mort si brutale ? Ou cela leur avait-il plu ? 
Avaient-ils tué encore ? Le sang pouvait-il devenir une nécessité ? »

4ème de couverture:

Italie, hiver 1974. A bord d’une Mercedes crème, Marlene fuit à travers le Sud-Tyrol. Elle laisse derrière elle son mari, Herr Wegener, et emporte les saphirs qui lui avaient été confiés par la puissante mafia locale. Alors que, devenu fou, il retourne la région pour la retrouver, Marlene prend un mauvais virage et perd connaissance dans l’accident. Simon Keller, un Bau’r, un homme des montagnes, la recueille et la soigne. Marlene se remet petit à petit dans un chalet isolé, hors de portée de poursuivants pourtant infatigables, et fait un jour la connaissance de Lissy, le grand amour de Simon Keller. Entre huis clos des sommets et traque mafieuse en Italie, « Au coeur de la folie » nous entraîne dans une spirale de frayeur, à la suite de personnages d’une noirceur fascinante.

Ce que j’en pense…

Comme dans son précédent : L’essence du mal, que j’avais adoré, Luca D’Andrea te fait pénétrer dans ce Sud-Tyrol énigmatique avec ses légendes, ses croyances, son folklore et franchement, c’est jubilatoire.
Ses descriptifs sont saisissants de réalité. Sa plume vive est percutante t’attrapera par la main (ou par le collet, selon ta résistance 😜) et t’emmènera, t’emportera sans jamais te lâcher. Et je te dis de suite…Tu te noieras très vite dans l’encre de ses mots.

Nous sommes dans les années 70. Marlène s’enfuit de la maison avec les saphirs volé à son mari, homme puissant, richissime et surtout criminel notoire. Un homme qui, enfant, a eu un Standartenführer comme modèle…C’est pas peu dire !
La cavale de Marlène l’emmène, cependant, là où ce n’était pas prévu…Au cœur des montagnes, au cœur de la folie.

Ce récit, c’est la rencontre de deux êtres fracassés par la vie. Deux êtres: Simon et Marlène qui apprennent à se connaître et découvrent le passé de chacun. Ambiguïté et ambivalence pourraient être leur prénom.

Les personnages sont absolument fabuleux. Très forts, très marqués et habilement construits. C’est clairement l’un des points forts de Luca D’Andrea.
Ils prennent vie pour de vrai. Ils sont là, tu les sens, tu les touches.
Que ce soit Marlène, son mari Herr Wegener, le fascinant Simon ou l’homme de confiance (que j’ai particulièrement aimé avec ce côté à la fois monstrueux et à la fois d’une grande sagesse), ils sont tous riches et inoubliables.

Un récit à l’évolution très surprenante où le pire ne sera, sans doute, pas ce que tu crois et la tournure te surprendra certainement autant que moi. Tu te retrouveras au cœur de la folie sans rien avoir vu venir !

Encore une fois, Luca D’Andrea réussit brillement à créer une atmosphère unique digne des plus grands. Encore une fois, il nous offre une forme de huit clos étouffant et saisissant. L’atmosphère avec un grand A de ces auteurs qui ont cette incroyable capacité à t’immerger totalement, de te donner cette impression de te faire littéralement aspirer par l’histoire au point qu’il semble impossible d’en sortir.

Un roman inclassable qui m’a fait, par moment, ressentir ce que j’ai pu ressentir, il y a fort longtemps, à la lecture de « Misery » de Stephen King. Cette folie pure et pourtant touchante. Ce côté où tu ne sais plus très bien quoi ressentir.

Luca, avec ce deuxième opus, nous confirme son talent et nous montre qu’il faudra désormais l’attendre à chaque publication. C’est, en tout cas, ce que je vais faire avec la plus grande impatience puisque tu l’as compris: j’ai littéralement adoré ce récit dévoré quasiment d’un bloc.

Jette-toi dessus, illico mais attention à bien t’équiper. Il te faudra des bonnes chaussures de marche, des raquettes voir même des crampons et une doudoune bien chaude   !!!

Enjoy 🙂

Au cœur de la folie – Luca D’Andrea – Editions Denoël – 448 pages – 2018

au coeur de la folie koblod.jpg

 

Publicités

4 commentaires sur « Au cœur de la folie – Luca D’Andrea »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s