La prunelle de ses yeux – Ingrid Desjours

Extrait :

Seule, à quelques mètres de moi, l’étudiante hésite à m’approcher. J’en profite pour la mater un peu. Elle est belle. Environ un mètre soixante-cinq, la peau mate, de longs cheveux bouclés, bien faite. Toujours en proie à ses atermoiements, elle se dandine d’un pied sur l’autre, contemple ses ongles, le ciel, un étudiant imaginaire, le bout de ses chaussures, me jette des coups d’œil furtifs. Ah ça, on fait moins la fière sans son groupe de dégénérés en rempart !
— Salut ! Lui dis-je pour l’encourager.
— Salut… Elle se résout à me rejoindre, sa démarche est gracieuse bien que mal assurée. À mieux y regarder, tout est harmonieux chez elle, extrêmement féminin. Sa voix un peu rauque, ses yeux en amande bordés de cils épais, ses lèvres charnues, ses mains fines et expressives. Elle a quelque chose d’effronté et de timide à la fois, de touchant. Elle enfonce nerveusement ses poings dans les poches de son pantalon, tellement profondément que je crains qu’elle ne les craque. Suis-je si effrayant que ça ?
— Je m’appelle Victor, poursuis-je en lui tendant la main. Étonnée par mon geste, alors qu’elle s’apprêtait à me faire la bise, elle la saisit et la serre doucement. Sa paume est fraîche et un peu moite, douce.
— Moi, c’est Maya. Je secoue la tête en signe d’approbation et lui souris, comme si je découvrais là un nouveau prénom, un nouveau visage, une nouvelle personne. En réalité, Maya, je le connaissais déjà, ton petit nom, c’est même en partie à cause de toi que je suis ici, maintenant. Tu ne peux pas le deviner, évidemment, mais il y a un mois de ça, j’ai décidé de devenir ton pire cauchemar. Oui, je vais changer ta vie, ma petite Maya. Bientôt, pour toi, rien ne sera plus comme avant…

4ème de couverture :

Gabriel Abramovic a tout perdu en l’espace d’une nuit. La vie qu’il s’était construite à force de sacrifices. Victor, son fils de 17 ans, battu à mort par un inconnu. La vue. Dix ans plus tard, il a appris à tout surmonter. Sa cécité, qu’il n’a pas renoncé à combattre. Sa solitude, qu’il comble en cumulant les conquêtes. Tout. Sauf le deuil de son enfant. Germe alors une idée un peu folle dans sa tête : et si sa guérison passait par la résolution du meurtre de son fils, resté impuni ? Victor était un garçon brillant mais secret, torturé, excessif, curieux. Le genre qu’on peut vouloir réduire au silence de façon radicale. Gabriel décide de partir à la rencontre des dernières personnes qui l’ont côtoyé afin de faire la lumière sur les circonstances de sa mort.
Pour le guider dans sa quête sous forme de road trip, il recrute Maya Torres, une jeune femme solitaire et mélancolique, sans lui avouer le véritable but de ce voyage. Facile et bien payé, ce travail tombe à point nommé pour la jeune femme aux fins de mois difficiles. Elle devra être son guide, son chauffeur. Ses yeux. Mais qui guide vraiment qui ? Gabriel éveille Maya à une sensualité à laquelle elle avait renoncé depuis longtemps, la fait rire, rougir, fait battre son cœur. Seulement, quand leurs escales la ramènent systématiquement à un secret qu’elle croyait à jamais enterrer, Maya commence à douter : Gabriel est-il celui qu’il prétend ? Ne lui a-t-il pas tendu un piège pour l’entraîner vers ses propres ténèbres ?

Ce qu’Elisa en pense…

« Voir, ce n’est pas seulement pouvoir voir. C’est aussi vouloir voir, et même pouvoir vouloir voir. »

Avez-vous, un jour, imaginé qu’il était possible de devenir aveugle sans aucune lésion du nerf optique, simplement parce que vos yeux ont décidé de ne plus vouloir voir ? C’est, pourtant, ce qui se passe pour un des protagonistes de l’histoire, Gabriel.

Ayant toujours été intéressée par les pathologies du corps humain, cet aspect a rendu ma lecture d’autant plus captivante.

L’histoire est très prenante. Il y’a très peu de longueurs. Les descriptions sont courtes mais vives. Le roman est vraiment bien rythmé. Pour résumé, on ne s’ennuie pas du tout !

Comme toujours, Ingrid Desjours sait faire vivre ces protagonistes à merveille. On peut facilement se les représenter et les faire vivre à notre tour, dans notre tête. Dès le début le mystère plane. On VEUT savoir qui sont ces personnages et surtout : Quel est le passé de Maya et pourquoi elle a quitté la France ?

Impossible de ne pas vous parler de sa fabuleuse plume qu’on retrouve bien évidemment dans ce livre. Moi, j’adore ! Ses mots nous bercent, sa plume est reposante tout en étant angoissante. Elle sait utiliser les mots si délicatement.

Comme dans ses autres romans, Ingrid Desjours nous emporte sur des sujets scabreux mais avec subtilité. Dans celui-là, elle aborde l’antisémitisme, l’homosexualité, le harcèlement, la violence et je rajouterais même : le handicap. L’auteure a réellement su faire passer un message fort entre les lignes et je peux vous dire que c’est impossible d’y rester insensible.

Cela m’arrive rarement mais cette fois, j’ai eu envie que l’histoire continue, et ne s’arrête jamais, que je puisse accompagner les personnages plus loin que la dernière page.

Mais si je devais vous dire une seule et unique chose ce serait : Vous pouvez y aller à l’aveugle ! 😜

La prunelle de ses yeux – Ingrid Desjours – Editions Pocket – 448 pages – 2017

Ma chronique sur ce même livre: La prunelle de ses yeux

 

 

 

 

 

 

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9 commentaires sur « La prunelle de ses yeux – Ingrid Desjours »

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