Délicieuse – Marie Neuser

Extrait:

« Je pleure parce que ma mère est morte, je pleure parce que mon père est mort, je pleure parce qu’il faudra bien qu’un jour mes frères meurent, je pleure parce qu’Alex rencontrera peut-être un jour sur son chemin quelqu’un qui le supprimera, je pleure parce que je ne vais pas tarder à avoir les seins qui tombent et le ventre mou, je pleure parce qu’un jour des imbéciles couperont les arbres magnifiques du jardin d’à côté, et parce qu’un jour Alex me criera qu’il me déteste, et parce que tu mourras aussi et que toutes nos merveilles se résumeront en un cube blanc je pleure parce qu’il me faudra mettre ma vie dans des cartons et que tu ne tarderas pas à y mettre la tienne, et parce que d’autres gens habiteront notre endroit et devront composer avec mon fantôme en colère, je pleure parce que la Trinité que nous étions a du plomb dans l’aile, nous ne prendrons plus jamais un train tous les trois, nous ne dormirons plus jamais tous les trois dans la maison de la plage, je n’entendrai plus jamais Alex prononcer « la petite tribu » en se blottissant entre nous deux, voilà pourquoi je pleure, je pleure l’engouffrement soudain de tous les malheurs du monde dans un destin d’où ils étaient bannis, et toute les misères, et toutes les terreurs, et toutes les promesses insoutenables d’arrachement, et je me rends compte que c’est cela la fin d’un amour, ce n’est pas uniquement celui qu’on aime qui s’en va tringler ailleurs, c’est un bombardement qui vous soustrait tout ce qui avait du sens et qui vous balance la mort dans la gueule.
Je pleure, donc, la nuit entière. Tout vider, là, maintenant, pendant que ton sommeil me dissimule encore. Au lever du jour, et au tien, il faudra amorcer la comédie de la femme admirable, celle qui reste digne et belle même quand on l’essore, pour que tu m’aimes encore un petit peu. »

4ème de couverture:

L’histoire commence ainsi : une femme parle à l’homme qu’elle aime.
Devant elle : les restes d’un repas.
Plutôt que le papier, elle a choisi l’écran.
À l’intimité d’une lettre, elle a préféré la vidéo et la multitude des réseaux sociaux.
Cette femme, c’est Martha Delombre, psychologue criminelle habituée aux confessions les plus abominables.
C’est désormais à son tour de se confesser. L’impudeur ? Peu lui importe, car tout le monde doit savoir. À commencer par lui. Le traître.
Peut-on dire adieu à vingt ans d’amour fou en succombant à la première inconnue qui passe ? C’est ce qu’il croyait. Au rythme des likes et des partages, traquant la fréquence des connexions, scrutant le pouls des commentaires, Martha la ténébreuse se montrera prête à tout pour continuer d’exister sans baisser la garde, jusqu’au point de rupture. Celui qu’on n’attendait pas et qui a le pouvoir de redistribuer les cartes.

Ce que j’en pense…

Quand Raphaël annonce à sa femme Martha qu’après 20 ans de mariage, il ne l’aime plus et qu’il en aime une autre, Martha perd pied…
Martha décide alors de jeter son histoire en pâture aux internautes et se confesse, face à une caméra. A poil. Sans tabou. Sans restriction. Juste son ambiguïté, sa douleur et sa rage.

Un monologue de Martha. Pas très vendeur hein ? Je t’entends d’ici (si, si je te jure) « Hein ? Quoi ? Un monologue de 480 pages ? Ca va le chalet ou bien ? (Expression bien de chez moi pour les non-initiés 😜)
Moi j’y ai vu l’excellence d’une plume capable d’aller dans une profondeur insoupçonnable, capable de te transpercer comme un glaive affuté pour te laisser pantelante et ce, sans aucun temps mort !

J’ai commencé ce récit et en quelques lignes à peine, j’ai su que ça allait être dur. J’ai su que j’allais me retrouver en immersion et que la boule au ventre ne me quitterait pas.

Des livres, j’en ai lu des milliers mais peu m’ont autant parlé, m’ont autant percuté pour de vrai, exactement, parfaitement. Relatant quelque chose que je pouvais à ce point avoir ressenti une fois dans ma vie.
D’ailleurs, je n’ai pas pu le lire d’une traite. J’ai dû le poser par moment pour reprendre mon souffle, pour digérer alors qu’il me brûlait de le continuer pour ne jamais le finir.

Marie Neuser raconte l’amour. Elle le décortique avec grand art. Elle nous montre à quel point c’est un sentiment compliqué, doux, enivrant. A quel point c’est une addiction qui suscite la rage, la haine, l’envie, le désir. A quel point c’est dur, perfide, sournois et destructeur. Un puit sans fond dans lequel on peut se perdre. Un puit dans lequel Martha plongera tête la première…

Ce livre, pour moi, n’est pas un coup de coeur mais un coup de foudre. Véritablement, littéralement. Un livre inoubliable.  Un chef d’oeuvre. Des extraits, j’aurai voulu en mettre des milliers tant les phrases sont belles. Te réécrire le livre, là, sur mon blog pour être sûre que tu le lises. Te montrer la poésie des mots, la force de l’histoire…
Ma tête tourne à l’idée de faire une chronique à la hauteur de ce récit. Te donner réellement envie de le dévorer…non de le déguster…comme un bon plat…et je suis même sûre que tu en reprendras…

Délicieuse, c’est un regard amusé ? Amusant ? Sur les réseaux sociaux. Faudrait-il dire effrayant mais tellement réaliste. Des médias, des réseaux mis en exergue. C’est ironique, sarcastique, c’est brillant !
C’est la preuve A + B qu’une femme bafouée est sans doute le prédateur le plus dangereux de la planète. Rotor, machiavélique. Qui, d’ailleurs, pourrait jurer que Machiavel était uniquement un homme ? Hein ? 😜
La violence derrière les mots de Martha est par moment insoutenable. Les mots d’une femme qui n’a plus rien à perdre si ce n’est elle-même au travers de son amour déchu.
C’est aussi un mélange entre les deux vies de Martha. Sa vie privée et son métier de psychologue criminelle qui nous emporte vers des esprits torturées qui feront clairement écho.
C’est le vase brisé de l’amour que tu peux tenter de recoller mais qui, lorsque tu y mettras de l’eau, pissera de tous les côtés…Quoi qu’il en soit…

Si toi, tu t’es retrouvé(e) dans ce rôle de l’homme ou de la femme trompée(e) –> Tu vas souffrir !
Si toi tu vis le grand amour –> Tu vas souffrir aussi car tu auras peur de ce que tu pourrais potentiellement vivre !

Un final flamboyant, ravageur, terrifiant mais prévisible… Prévisible parce que la trame ne tient pas? Oh que non…Prévisible parce qu’évident…pour moi…Simplement parce que je crois bien que j’aurai fait presque pareil…(J’ai dit presque hein ? 😉)

Un véritable orgasme littéraire et même multiple. C’est pas souvent et c’est diablement bon. C’est d’ailleurs ce moment où tu te rends compte que si tu lis encore et encore, c’est dans l’espoir de trouver LE livre qui te fera cet effet là…Me voilà bonne pour quelques années !

Chapeau Marie ! Vraiment !

Délicieuse – Marie Neuser – Editions Fleuve – 480 pages – 2018

Publicités

7 commentaires sur « Délicieuse – Marie Neuser »

    1. C’est un de ces livres qu’on adore ou qu’n’aime pas. Les avis ne sont pas nuancés, c’est certain ! Je dirai même qu’il a un côté initié. Il ne faut pas chercher un thriller habituel. C’est plus profond, plus subtil. Il faut aussi l’apprécier pour la plume. Bref, difficile de dire de quel côté tu serais !

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s