La bête à sa mère – David Goudreault

Extrait:

« Ma mère était discrète et se suicidait en cachette, la plupart du temps. Contrairement à ce que prétendent les rapports officiels, je n’étais pas affecté par ses habitudes. Quand maman sortait la tête de ses enfers, c’était une femme merveilleuse. Les spécialistes peuvent bien aller se pendre eux aussi, avec leur pseudo-analyses de nos liens d’attachement.
La première fois que je l’ai trouvée, elle était nue et gémissait sur le carrelage de la salle de bain. J’avais quatre ans. Maman s’était extirpée de la baignoire, où macérait un bouillon rougeâtre laissant deviner qu’elle s’y était charcutée. Les poignets surtout. Elle m’avait réveillé en poussant de petits cris aigus mêlés de sanglots. Dès que j’ai osé glisser ma tête dans l’embrasure de la porte, elle m’a ordonné d’aller chercher Denise. J’ai figé. Je crois que c’est normal. La nudité de ma mère, le couteau à steak dans le bain dressaient un drôle de tableau, Ce n’était pas une scène familiale adéquate, comme on me le confirmerait plus tard. Ca faisait désordre. »

4ème de couverture:

 » Ma mère se suicidait souvent.  » Ainsi commence la confession pleine de verve d’un jeune adulte narrateur, qui ne se remet pas de la séparation d’avec sa mère alors qu’il avait 7 ans, et qui a vécu d’hôpital psychiatrique en famille d’accueil. Ses propos, sorte de code de survie en milieu hostile, d’un humour d’autant plus réussi qu’il semble involontaire, sont habités d’une rage contre ceux qui les ont séparés, contre ces humains qui ne le comprennent pas, tandis qu’il idéalise sa mère, devenue sa véritable obsession. Au bout du compte il pense l’avoir localisée à Sherbrooke. Mais saura-t-il se faire accepter par elle ?
Sous la carapace du jeune voyou, ce magnifique premier roman met à nu avec talent et sensibilité un cœur aimant qui ne sait simplement pas aimer.

Ce que j’en pense…

Il y a quelques temps, mon amie québécoise Johanne m’a dit « ça faut absolument que tu lises ! »
Les auteurs québécois, tu le sais, je suis grande fan. Je ne pouvais donc que la suivre les yeux fermés. J’en ai encore beaucoup à découvrir mais j’avance, j’avance et je confirme, le redis encore et encore « Purée y a du bon par là-bas ! »

Un récit à la première personne qui donne le ton dès la première ligne. On sait direct qu’on n’est pas parti pour une balade de santé mais clairement pour un truc de ouf et que ça va clairement décoiffer !

J’ai donc attrapé ma bombonne de laque et m’y suis plongée tête la première.

« La bête à sa mère » c’est les folles aventures d’un jeune homme dont on ne connait même pas le nom. C’est un cheminement. Un parcours du combattant. Presque la naissance d’un psychopathe. C’est une détresse terrible qui suinte par tous les pores de chaque mot, de chaque phrase.

« La bête à sa mère » est un livre réellement unique. Inclassable de par son côté noir teinté d’humour.
La plume est redoutable, remarquable, particulière. Légère et subtile tout en étant directe et acérée. J’avoue avoir été fascinée par cette capacité à te raconter des faits terribles avec une nonchalance incroyable !

Ce anti-héros, illustre inconnu,  fait face à la vie avec les armes qu’on lui a donné…C’est à dire pas grand-chose… Il essaye de survivre, il essaye d’exister au travers d’une famille qu’il n’a pas, d’une mère qui a disparu depuis des années et dont il n’a que le souvenir idéalisé par sa propre nécessité. Tu oscilles entre l’envie de le gifler, cet homme et celle de prendre ce petit garçon dans tes bras en lui murmurant à l’oreille que tout ira bien. Tu as envie de lui enlever le poids, le fardeau de ces bidons de peinture dorée qu’il trimballe partout histoire de redorer le blason de sa mère.

Mais derrière ce personnage, c’est aussi tout une société qui s’en prend clairement plein la pomme et sous ces remarques nonchalantes, il y a une profondeur terrible. Des abysses sans fond et je t’assure que ça va te donner de quoi réfléchir ! C’est d’ailleurs tout ce qui donne cette forme d’ambiguïté au personnage et le rend clairement attachant au-delà de tous ses « vices ».

L’émotionnel est puissant, ravageur sans blablas inutiles. C’est beau, c’est dur, c’est percutant, c’est excellent !

Moi je l’ai pris version uppercut du droit, en apnée avec ma bombonne de laque dans la main mais je peux te dire que même comme ça, ben mon brushing, il a pas tenu et suis sûre qu’il en sera de même pour toi…

Parie ?

La bête à sa mère – David Goudreault – Editions Philippe Rey – 236 pages – réédition 2018 

 

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2 commentaires sur « La bête à sa mère – David Goudreault »

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