Le village aux trente cercueils – Jean-François Fournier

Extrait:

« Lynn ne mange pas. Elle raconte. Mieux, elle peint des flous plus précis que certaines réalités. Ce qu’elle résume est parfois incroyable, mais le plus souvent insupportable. Automn pense avoir tout vu, tout lu, tout entendu dans les prétoires au sujet de l’inceste. Des pères violeurs. Des mères abusives. Des fratries malsaines. Des tontons criminels et des cousins agresseurs. Pourtant là, sur cette chaise griffée de plastique blanc, une jeune femme vient de lui dire qu’elle connaît soixante-quinze personnes rien qu’à Tennyson, victimes de crimes sexuels au sein de leur famille respectives. Et qu’aucune plainte n’a jamais été déposée. Pire, qu’une quatrième génération dans le village subit désormais le même sort que ses devancières. Parce que ces saloperies se transmettent et colonisent une communauté à la façon des mauvaises herbes qui défigurent la rivière.
Lynn ne réclame pas justice pour elle: les actes délictueux de son père sont prescrits. Alors elle a arpenté les rues du village, noué les fils de centaines de conversations. Un soir, tard en suivant Alyah Roth de loin, elle l’a vue prendre une grêle de coups dans l’arrière-cour de la maison familiale. Le père l’a traînée par le bras jusqu’au garage. Debout contre le Dodge, un Journey pétrole, il lui a imposé une fellation. Témoin tétanisé, Lynn tient là son premier coupable. Un mois plus tard, quand elle lui raconta la scène, Larsen, son voisin qui vient de les rejoindre, lui parle spontanément de ses oncles à lui, les Naismith, et de leurs pratiques sadiques. Pour la plus jeune de ses sœurs, il n’y a pas encore prescription. Il le sait, il y a pensé, mais s’est résolu au silence et à la résignation, car sans le silence et l’acceptation de l’inacceptable, qui pouvait même seulement survivre à Tennyson ? »

4ème de couverture:

Ils sont quinze sur les chaises droites. Le néon grésille. Le moisi emplit les narines. La mère du pédophile pleure en silence contre l’épaule d’une amie. Personne n’est venu de Tennyson. Au premier rang, sans cravate, Garfield Walker, l’assistant du gouverneur, s’est assis à côté du procureur Simonsen. Le directeur de la prison se tient debout, au fond, en trois-pièces gilet. Automn a promis un papier à l’Indy. S’il avait su, Fitz aurait été content de se voir chroniqué par une amie. Les autres présents sont des corbeaux d’associations contre la peine de mort. Il y a de la douceur, presque de la poésie, dans cette attente. Quatre gardiens entrent derrière la vitre blindée et s’affairent autour de la table d’hôpital. Deux autres, plus grands, beaucoup même, arrivent en soutenant Fitz Maywather. Une vengeance aux dimensions bibliques, un scénario vibrant, des personnages taillés au couteau, et un suspense qui ne laissera personne indifférent.

Ce que j’en pense…

Après Le chien, Jean-François Fournier reste toujours dans cette Amérique profonde qui lui est chère.
A la vue du titre, j’ai forcément pensé direct à la série « L’île aux trente cercueils » qui a bercé et terrorisé ma jeunesse…Suis sûre que tu dois t’en rappeler, toi aussi ?

Il n’est pas question d’une île dans ce récit mais d’un village et crois-moi, ce n’est pas pour autant moins terrifiant !
Tennyson est un village où les abus sexuels sont presque un mode de vie, une habitude. On pourrait même imaginer un panneau à l’entrée du village le revendiquant comme ces panneaux qui indiquent une curiosité à visiter absolument !
Voilà des décennies que ça dure et personne n’a jamais rien dénoncé. Il est grand temps que ça change. Lynn et Larsen, deux victimes s’allieront à Ireland McIllroy une avocate, Automn Vaughn, une journaliste et Fitz Maywather du FBI pour enfin mettre au jour ces atrocités.

Un récit très noir, très profond. Pas toujours facile à suivre et un peu « perché » pour moi mais admirablement bien écrit, admirablement bien décrit. Un livre qui te transportera à coup sûr dans une autre dimension et dans une horreur certaine…

A découvrir !

Le village aux trente cercueils – Jean-François Fournier – Editions Xenia – 195 pages – 2018

 

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Un commentaire sur « Le village aux trente cercueils – Jean-François Fournier »

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