Illusion tragique – Gilda Piersanti

Extrait:

« J’étais sa créature, il ne pouvait envisager de ma part aucune action libre et indépendante de lui; il avait commis une grave erreur. Il avait négligé un domaine auquel il n’avait jamais eu accès: la création littéraire et le pouvoir de s’affranchir des règles qu’elle confère à ses serviteurs, passés maître dans l’art de tisser des intrigues inviolables. Il croyait respecter la littérature parce qu’elle nous apportait l’argent, la renommée et le pouvoir, mais au fond de lui-même il l’a méprisait. Il ne comprenait pas l’utilité et il en ignorait la force. De tous les écrivains dont il s’était occupé quand il avait fondé son agence événementielle, qui gérait nombres de festivals littéraires, il n’avait jamais vu que la surface de leur personnalité: les caprices, la médiocrité, l’avidité, l’envie, bref la petitesse. J’étais son exception heureuse et il m’avait épousée. Il m’appréciait à sa manière, il m’aimait aussi dans un sens, mais il ne savait pas qui j’étais. Il n’avait pas seulement sous-évalué ma capacité de nuire, il avait sous-estimé les armes de la littérature et la violence de l’amour que je lui portais. »

4ème de couverture:

En ce torride mois d’été romain, le petit Mario, dix ans, ne monte pas sur la terrasse de son immeuble pour y prendre l’air, mais pour épier son voisin du dernier étage, monsieur Ruper, un homme sans histoire qui vit seul et mène une vie rangée. Personne ne lui connaît la moindre relation, personne ne l’a jamais vu rentrer chez lui accompagné, et pourtant… Tous les soirs, Mario l’observe dans sa baignoire en train de coiffer et de savonner une très jolie jeune femme.
Son ami Riccardo et lui ont décidé d’aller libérer la princesse, parce qu’il n’y a pas d’autre explication : monsieur Ruper l’a enfermée chez lui, elle est sa prisonnière ! Le plus difficile, toutefois, n’est pas de s’introduire dans l’appartement de monsieur Ruper, mais d’en sortir une fois qu’on y est entré…
Dans ce thriller de l’enfance menacée, Gilda Piersanti interroge les méandres infinis de la perversité. Devenir la proie d’un pervers est une malédiction, une vie entière ne suffit pas pour y échapper. Illusion tragique nous entraîne dans une intrigue aux retournements imprévisibles, comme un labyrinthe dont le tracé se recompose à chaque détour, jusqu’au dénouement… inimaginable. Car la réalité à laquelle nous nous croyons solidement ancrés se révèle parfois n’être que faux-semblant. Le réveil sera alors sanglant, forcément sanglant.

Ce que j’en pense…

Un enfant qui a vu quelque chose qu’il n’aurait pas dû.
Une mère seule et vulnérable.
Un psychopathe déguisé en agneau.
Une journaliste prête à tout pour un scoop.
Une auteure…

Un livre dans un livre. Une construction étonnante qui donne un relief tout particulier à l’histoire. Une forme d’ambiguïté. Une sorte de décalage entre un émotionnel à fleur de peau, doux, touchant et une horreur bien sordide.

Une plume superbe, fine, subtile et envoutante.
Sous ses airs de rien Gilda Piersanti t’emporte dans une histoire absolument machiavélique. Elle réussit le tour de main d’allier cette finesse, cette douceur avec la douleur et la rancœur. C’est tout simplement brillant !
Elle te raconte un meurtre comme on raconte une balade à vélo dans les fabuleuses rues de Rome…déroutant !

Un récit à la 1ère personne du récit du récit…euh tu me suis là ? Non ? C’est normal, c’est la trame qui veut ça et je veux pas te révéler pourquoi 😜

Un livre en poupée russe, original, désinvolte et pourtant dur. Un final très perturbant et cette impression d’avoir le cerveau haché tout fin à la moulinette.

Je crois d’ailleurs qu’elle en fait elle-même la meilleure critique mais je ne te dirai pas dans quel contexte 😜 »On referme vos livres et on se retrouve sans repère, comme si l’on descendait d’un grand huit, les yeux rouges à cause du vent et le regard aveugle, pour avoir trop suivi les mouvements du vrai et du faux sans cesse mélangés.  »

Le premier pour moi de cette auteure mais clairement pas le dernier, c’est certain ! Elle sera d’ailleurs au « livre sur les quais » à Morges en septembre et je me réjouis de la rencontrer 🙂

PS: Elle a obtenu le prix des lecteurs Quai du polar / 20 minutes 2018 pour ce fabuleux livre et c’est pas volé !

 

Illusion tragique – Gilda Piersanti – Editions Passage – 235 pages – 2017

 

 

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4 commentaires sur « Illusion tragique – Gilda Piersanti »

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