La saison des feux – Celeste Ng – 2018

Extrait:

« Pour elle, c’était simple: Bebe Chow avait été une mauvaise mère; Linda Mc Cullough en avait été une bonne. L’une avait suivi les règles, l’autre non. Mais le problème avec les règles, songea-t-il, c’était qu’elles supposaient une bonne et une mauvaise manière de faire les choses. Alors qu’en fait, la plupart du temps, il y avait simplement des manières différentes, dont aucune n’était totalement mauvaise ou totalement bonne, et il n’y avait rien pour vous indiquer de quel côté de la ligne de démarcation vous vous trouviez. Il avait toujours admiré l’idéalisme de sa femme, sa certitude que le monde pouvait être amélioré, pacifié, peut-être même être rendu parfait. Et pour la première fois il se demanda s’il voyait les choses du même œil. »

4ème de couverture:

Quand le voile des apparences ne peut être déchiré, il faut parfois y mettre le feu.

À Shaker Heights, banlieue riche et tranquille de Cleveland, tout est soigneusement planifié pour le bonheur des résidents. Rien ne dépasse, rien ne déborde, à l’image de l’existence parfaitement réglée d’Elena Richardson, femme au foyer exemplaire.
Lorsque Mia Warren, une mère célibataire et bohème, vient s’installer dans cette bulle idyllique avec sa fille Pearl, les relations avec la famille Richardson sont d’abord chaleureuses. Mais peu à peu, leur présence commence à mettre en péril l’entente qui règne entre les voisins. Et la tension monte dangereusement à Shaker Heights.

Après Tout ce qu’on ne s’est jamais dit (Sonatine Éditions, 2016), Celeste Ng confirme avec ce deuxième roman son talent exceptionnel. Rarement le feu qui couve sous la surface policée des riches banlieues américaines aura été montré avec tant d’acuité. Cette comédie de mœurs, qui n’est pas sans rappeler l’univers de Laura Kasischke, se lit comme un thriller. Avec cette galerie de portraits de femmes plus poignants les uns que les autres, c’est aussi l’occasion pour l’auteur d’un constat d’une justesse étonnante sur les rapports sociaux et familiaux aujourd’hui.

Ce que j’en pense…

Question de feu, on y est direct. La maison des Richardson est en flamme dès la première page. Bien sûr, on s’interroge sur le pourquoi du comment en se doutant bien que la réponse se trouvera dans le passé.
On revient donc, dès le 2ème chapitre, avant l’incendie, avec l’installation de Mia et Pearl à Shaker Heights, une petite ville pittoresque de la banlieue de Cleveland.

Mais attention, Shaker Heights n’est pas n’importe quelle ville. Elle a été construite avec des règles bien précises et des manières de faire définies. De la couleur des maisons en passant par la tonte du gazon obligatoire jusqu’aux poubelles qui doivent impérativement être cachées. Idyllique ? Pas si sûr !
Mia, photographe, bohème sur les bords et sur les côtés pourrait bien faire tache dans ce magnifique paysage.
J’ai véritablement adoré ce concept. Cette vision sarcastique d’une société propre en ordre. Une société soit disant bien-pensante qui fonctionne exclusivement selon des règles et où les apparences sont plus importantes que tout.

La saison des feux est une histoire d’apparence (Vous l’aviez compris 😜) somme toute assez banale qui pourtant vous prendra et ne vous lâchera plus, tout en vous donnant à réfléchir au sens de la vie.
Pas tout à fait un thriller, pas tout à fait quoi que ce soit d’ailleurs. Un de ces livres inclassables qu’il est bien difficile de définir. Un de ces livres qui doit se lire pour comprendre.

Mia est photographe et j’ai eu, tout au long, cette sensation qu’elle n’aurait pas pu être une autre type d’artiste. J’ai eu l’impression de regarder cette histoire au travers de son objectif puisque comme une photo, ce livre m’est apparu comme une succession d’images.

Une image de chacun des personnages. Celle qu’ils veulent bien montrer. Des instants de vie tout en apparence. Des snapshots. 

L’image d’une pile de petits billets verts qui ouvrent toutes les portes et obtiennent ce qu’ils veulent quand ils le veulent.

L’image d’une famille en apparence unie où chacun est en fait tout simplement seul.

L’image d’une société où l’on juge tout un chacun à tour de bras.

Mais aussi l’image d’un bonheur simple. Celui de Mia et sa fille.

Mais la saison des feux c’est aussi et surtout, un questionnement pertinent sur l’adoption, la mère biologique et ses droits.

Un livre émouvant, bien monté, bien mené qui tient plus que largement la route. Une histoire qui n’est, comme je l’ai déjà dit, ni un thriller ni un polar mais où le suspense est clairement de mise. Pas de sang, pas d’hémoglobine mais pourtant bourré de tensions. La réflexion qui s’en suit, pourrait même vous faire passer quelques nuits blanches…

Qui donc a pu mettre le feu et surtout pourquoi ?

En résumé, c’est drôlement bon ! Un coup de coeur pour ma part et donc à lire absolument !

 

La saison des feux – Celeste Ng – Editions Sonatine – 384 pages

 

 

 

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