Toutes blessent, la dernière tue – K. Giebel – 2018

Extrait:

« Tu as l’interdiction formelle de sortir de la maison. Quand Stefana s’en va, elle ferme la porte à clef.
De toute façon, tu as peur de sortir. Tu ne connais rien ici. Rien, ni personne. Dehors, il n’y a que l’étranger, la crainte et une foule d’ennemis.
Une après-midi, pendant que Stefana dormait, tu t’es essayée à quelques pas dans le jardin. Une véritable aventure ! Il faisait beau, presque chaud, tu n’as pas su résister. Oh, tu ne serais pas allée bien loin, non. Juste sentir le soleil sur ta peau, voir le ciel, écouter les oiseaux. Réapprendre le dehors. Rien de grave.
Mais Stefana t’a vue. Elle t’a rattrapée, insultée et enfermée dans la buanderie. Quand son mari est rentré, le soir, il t’a frappée. Si fort, que tu t’es évanouie. Et, pendant cinq jours, tu n’as rien eu à manger. Pas même les restes des enfants.
Ca fait un an que tu es ici. Un an cloîtrée dans cette maison.
On t’appelle Tama. Ton vrai prénom, tu n’as pas le droit de le prononcer. Pourtant, chaque soir, avant de t’endormir, tu le murmures plusieurs fois. Pour ne pas l’oublier. 
On t’appelle Tama.
Tu as neuf ans. »

4ème de couverture:

Maman disait de moi que j’étais un ange.
Un ange tombé du ciel.
Mais les anges qui tombent ne se relèvent jamais…
Je connais l’enfer dans ses moindres recoins.
Je pourrais le dessiner les yeux fermés.
Je pourrais en parler pendant des heures.
Si seulement j’avais quelqu’un à qui parler…
Tama est une esclave. Elle n’a quasiment connu que la servitude. Prisonnière de bourreaux qui ignorent la pitié, elle sait pourtant rêver, aimer, espérer. Une rencontre va peut-être changer son destin…
Frapper, toujours plus fort.
Les détruire, les uns après les autres.
Les tuer tous, jusqu’au dernier.
Gabriel est un homme qui vit à l’écart du monde, avec pour seule compagnie ses démons et ses profondes meurtrissures.
Un homme dangereux.
Un matin, il découvre une inconnue qui a trouvé refuge chez lui. Une jeune femme blessée et amnésique.
Qui est-elle ? D’où vient-elle ?
Rappelle-toi qui tu es. Rappelle-toi, vite !
Parce que bientôt, tu seras morte.

Ce que j’en pense…

Giebel, j’étais pas fan. A vrai dire, j’avais tenté il y a quelques années « Meurtre pour rédemption » que je n’ai jamais pu finir.
Cependant, rester sur un seul avis n’est pas mon genre et ce livre-là, en particulier, m’a clairement appelée (oui, oui je vous jure, j’ai entendu un cri 🤪 ).
Me voilà donc rabibochée avec cette auteur au talent presque vicieux, simplement parce qu’elle réussit le tour de force de nous engluer totalement dans son histoire !

La mère de Tama est morte alors qu’elle avait 5 ans. Elle se retrouve à vivre chez sa tante Afaq. Son père, lui, s’est remarié et a eu deux fils. Il ne peut pas subvenir aux besoins de tous et accepte donc la proposition de Majda qui veut l’emmener en France pour un peu de travail dans une famille en échange d’une bonne éducation et d’une bonne scolarité. Son père accepte sans se douter que la réalité sera tout autre. Elle a tout juste 9 ans.
Gabriel, lui, vit reclus dans une vieille ferme. Emmuré dans son chagrin, il semble avoir de drôles d’activités et être en contact avec une certaine Lady Ekdikos. Son quotidien et ses petites affaires se verront fort perturbés par la découverte d’une jeune femme blessée dans sa grange. Qui est-elle ? D’où vient-elle ?

L’esclavage moderne est un sujet sensible voir tabou. Il fallait donc oser l’aborder sans détour, sans œillères, sans modération, sans fioritures, sans rien qui puisse nous détourner de cette horreur.

Dans toutes blessent, la dernière tue, il est question de douleurs. Toutes les douleurs que ce soit physiques ou celles de l’âme.
Il est question de peurs. Toutes les peurs.
Il est question d’un combat pour la vie envers et malgré tout.
Il est question d’amour et d’espoir aussi petit soit-il.
Il est question de destin plus que malheureux, d’un sort qui s’acharne encore et encore pour la faire plier, pour l’abattre mais qui paradoxalement lui donne à l’inverse une terrible envie de vivre.
Il est question d’une descente en enfer qui telle une spirale sans fin, ne lui permet plus de trouver la porte de sortie.
Il est surtout question d’une réalité vraie, qui n’est pas une fiction et c’est bien là le pire.

Une histoire sordide qui a pourtant ce quelque chose de commun simplement parce qu’elle est le quotidien de beaucoup. L’horreur de bon nombre.

Un récit brutal, violent, dérangeant, percutant (Peut-être un poil trop avec une dose de redondances sans doute inutiles) qui ne vous laissera en aucun cas de marbre et qui vous poursuivra très longtemps.

Le fait qui m’a particulièrement perturbée est que ce sont principalement des femmes qui infligent des sévices à Tama, qui la traite comme un chien. Non pas que ce principe soit exclusivement réservé à la gente masculine, bien loin de là, mais toujours plus terrible lorsque cette violence vient d’une femme. (Les hommes ne sont pas en reste « rassurez-vous » et sont eux aussi omniprésents et font preuve d’une grande imagination.)

Une plume parfois poétique, parfois dure et acerbe. Je pensais le récit prévisible et bien je me suis fourrée le doigt dans l’œil et ce jusqu’à l’omoplate. Malgré quelques longueurs, le final est éblouissant, comme je les adore.

A lire, si ce n’est pas déjà fait, mais soyez prévenus…Vous ne ressortirez pas indemne…vraiment !

« C’est fou le nombre de synonymes qu’il y a pour tuer, tu ne trouves pas ? Il y en a bien plus que pour le verbe aimer…

Toutes blessent, la dernière tue – Karin Giebel –  Editions Belfond – 744 pages

 

 

 

 

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