Interview Patrick Senécal – Juin 2017

Une interview réalisé au travers de Facebook en glanant les questions de nombreux fans que je remercie vivement au passage 🙂

Patrick s’est gentiment prêté au jeu et je l’en remercie infiniment. 😍

Voici ses réponses à vos questions:

• D’où vient cet univers si sombre qui fait le succès de vos romans ?

Ho! Ça vient de loin ! J’ai commencé à écrire ce genre d’histoires à 12 ans, environ. Mais ça ne vient pas de mon enfance : j’ai eu une enfance très heureuse, de bons parents, de bons amis… Je crois qu’au départ, je voulais raconter de bonnes histoires d’horreur qui parlaient de monstres extérieurs, mais en vieillissant, je me suis rendu compte que j’avais en fait envie d’écrire sur nos monstres intérieurs. En fait, ce qui me pousse toujours est la question suivante : comment l’humain peut se rendre si loin dans le mal, dans la noirceur ? C’est ça qui me fascine. Et tout cela provient de mon imaginaire, et non de faits réels ou d’événements qui me sont arrivés dans la vie. J’aime inventer. Mais pourquoi mon imaginaire est si sombre au départ, je l’ignore. Faudrait que je me fasse psychanalyser. D’ailleurs, ma blonde est psychologue et elle est convaincue que mon écriture est une forme de thérapie, d’exorcisme de mes démons intérieurs. Alors aussi bien continuer…

• Est-ce lui qui choisit les couvertures de ses livres ?

Je ne m’en occupais pas vraiment, mais là, ça va changer. Dès mon prochain roman, je vais choisir mes illustrateurs.

• Est-il fier de tous ses « bébés » ou, après recul, est-il insatisfait de certains d’entre eux ?

Je ne renie aucun de mes romans, mais il y en a un ou deux que je trouve plus ordinaires, disons. Pour moi, LE PASSAGER un est roman que je n’écrirais pas aujourd’hui : le punch est bon, mais on l’a vu tellement souvent… Mais en même temps, c’est un roman qui me fait beaucoup connaître dans les écoles (lycées) du Québec, alors c’est bien… C’est au niveau de l’écriture que je me rends compte qu’il y en a des moins bien écrits que d’autres, mais je crois que c’est normal qu’en vieillissant, on trouve nos anciens romans moins bien écrits. C’est la preuve qu’on évolue.

• Est-ce qu’il sait déjà où il va emmener ses personnages récurrents ou est ce qu’il avance « au jour le jour » au fil de ses romans ?

Au jour le jour. Michelle Beaulieu, par exemple, va sans doute revenir dans un autre de mes romans, mais je ne sais pas quand. Je veux me laisser la surprise moi-même.

• Quels arguments nous donnerait-il pour nous donner envie de lire ses livres ?

Hmmm… Je dirais que si vous avez envie de lire une histoire qui vous prend aux tripes, qui vous amène très loin dans la noirceur humaine et qui ne vous donne pas beaucoup de répit, je pense que je peux satisfaire ces besoins. Je n’écris pas des histoires pour rassurer. J’écris des histoires pour troubler les gens. Je vous rentre la main dans les tripes… et je tords. Jusqu’à la dernière page.

• D’où lui est venue l’envie d’écrire et à quel âge est-ce qu’il a commencé ?

J’ai commencé à faire des BD vers 9-10 ans, puis j’ai écrit mes premières nouvelles d’horreur à 12 ans, environ. Mais pourquoi j’ai toujours voulu écrire de telles histoires, ça, je ne sais pas. Peut-être que parce que les premiers livres que j’ai lus étaient des livres d’horreur, des livres sombres : Jean Ray, Claude Seignolle, Stephen King, Lovecraft, etc… Mais à nouveau, ça pose une autre question: pourquoi est-ce ce genre de livres qui m’a attiré dès mon enfance ? Autre impasse…

• Qui sont tes lecteurs ? Quels sont leurs goûts ?

Au Québec, j’ai un lectorat très large. Je dirais que le noyau dur se situe entre 16 et 35 ans, mais dans les Salons du Livre, je rencontre toujours des gens de 40, 50 et même 60 ans qui aiment mes livres. Ils semblent venir de tous les milieux. On dirait que je rejoins toutes sortes de gens, et ça, ça me plait bien. La terreur et l’horreur sont universels.

• Est-ce que Patrick vit seulement de l’écriture ?

Oui, j’ai cette chance depuis 2007. Je suis parmi les auteurs qui vendent le plus au Québec et je suis très conscient de cette chance, encore plus conscient que rien n’est acquis. Mais tant mieux : quand on prend les choses pour acquises, on devient paresseux et on se répète. J’espère ne jamais arriver à ça.

  • Quels sont ses références en auteurs ? Des auteurs fétiches ?

En littérature de genre, j’ai été beaucoup influencé par Stephen King, Jean Ray, Claude Seignolle, Lovecraft… Aujourd’hui, je lis vraiment de tout (je suis un ancien prof de littérature), pas uniquement du roman noir. James Ellroy ou Dennis Lehane sont des géants. Le meilleur roman d’horreur que j’ai lu ces dernières années est « La peau froide » de Albert Sanchez Pinol. J’ai aussi beaucoup aimé « Troupe 52 » de Nick Cutter. Mais mes auteurs préférés sont Émile Zola, Romain Gary, Marquez… Je ratisse très large.

• Des projets pour le cinéma ?

Trois de mes romans ont déjà été adaptés au cinéma. Il y a trois projets en cours en ce moment (Le Vide, Hell.com, le Passager), mais le cinéma, au Québec, c’est teeeeeeeeellement long, ça peut prendre des années et ça peut tomber à l’eau du jour au lendemain. Heureusement que j’écris des romans !

• Le prochain livre qui sortira en Europe après Aliss ?

On ne sait pas encore. J’ai hâte de voir moi aussi. 🙂

• Comment t’es venu l’idée de mélanger les chapitres dans « le vide » ?

Parce que chronologiquement, l’histoire n’aurait plus eu de suspense. Dès la moitié du livre, on aurait tout compris du projet de Max et cela n’aurait pas été intéressant. De plus, cette construction permet de montrer ce que sont les personnages en surface, puis, par flash-back, de montrer leur nature profonde, de montrer pourquoi ils sont devenus ce qu’ils sont ou semblent être.

• Est ce qu’il a déjà eu envie d’écrire un autre genre de romans ? Si oui, lequel ?

J’ai écrit un roman plus humoristique, plus philosophico-absurde qui s’appelle « 15 minutes ». Ma série Malphas est très humoristique, mais c’est vrai que c’est aussi du fantastique. J’ai écrit quelques nouvelles qui ne sont pas du tout du même genre : une érotique, une autre plus biographique, une autre humoristique. Je me rends compte que l’humour m’attire aussi, donc cela ne m’étonnerait pas que j’y revienne un jour.

• Pourquoi avoir voulu dévergonder Alice aux pays des merveilles ?

Ah, ah, dévergonder, pas mal ! Hé bien, je suis un fan de ce conte, il m’a toujours fasciné, et j’ai toujours trouvé qu’il y avait beaucoup d’éléments subversifs dans le conte de Lewis Caroll: les biscuits et les champignons qui font grandir, le Ver à soie qui fume de l’opium, la Reine de coeur qui veut couper la tête de tout le monde… Je me suis dit qu’il ne manquait pas grand-chose pour que cette histoire ne soit plus du tout pour enfants… Alors, j’ai transformé Alice en genre de quête initiatique, le passage d’une adolescente à l’âge adulte. Tout le potentiel était là pour transformer cette histoire en conte pour adultes. Et je ne suis pas le seul : plein d’artistes ont été inspirés par Alice au pays des merveilles. Sans doute parce qu’on y sent la transgression et la folie latente…

• La verrue est-elle vraiment devenue un papillon ?

Peut-être. Pourquoi pas ? A vous de décider. Je trouve plus intéressant que vous imaginiez ce que vous voulez. On est dans un monde irrationnel, alors tout est permis. 🙂

• Charles est-il un clin d’œil à Lewis Carroll ou est-ce le fruit du hasard ?

Ho ! Ce n’est pas le hasard du tout, c’est un clin d’oeil très volontaire ! Tout ce qui entoure Charles a un lien avec le vrai Lewis Carroll : son nom (le vrai nom de Caroll était Charles Lutwidge Dodgson), son bégaiement, son passé de prof de mathématiques, etc. Lewis Carroll se représentait dans le Lapin Blanc dans son conte. C’est pourquoi Charles (l’alter ego du Lapin Blanc dans mon roman) est comme Lewis Carroll.

• Après 5150 rue des Ormes, Aliss et Faims, reverrons-nous le personnage de Michelle Beaulieu dans un prochain projet d’écriture ?

Sans doute : cette fille m’obsède trop. Elle vieillit en même temps que moi (même si elle a une dizaine d’années de moins), il va falloir que je voie où tout cela va mener. Mais je ne sais pas encore quand, ni comment elle reviendra. Je me laisser surprendre.

• Qu’a-t-il ressenti quand on lui a proposé de faire des films de ses livres ?

Beaucoup de fierté, évidemment. C’est flatteur de savoir que des gens veulent faire un film de ton roman. Mais après, il faut être prudent, car c’est facile de faire n’importe quoi à partir d’un roman. Et aujourd’hui, je trouve qu’écrire un roman est plus intéressant qu’écrire un film : on a une liberté dans la littérature impossible à égaler au cinéma.

• Une suite pourrait-elle être envisagée pour Hell.com ?

Je ne crois pas, non. Je n’aime pas beaucoup les suites. Je ne suis pas contre, mais il faut avoir une sacrée bonne idée. Il faut se demander : à quoi va servir cette suite ? Que dira-t-elle de nouveau ? Si c’est uniquement pour faire plaisir aux lecteurs ou pour profiter du succès du premier livre, ça ne peut être que décevant. Franchement, je ne vois pas comment je pourrais faire une suite à Hell. com. Ce ne qui ne veut pas dire qu’on n’entendra plus jamais parler d’Hell.com dans un prochain roman. Nuance… 🙂

• Pourquoi les anciens livres de Patrick Sénécal sont si difficiles à trouver, même en édition originale et s’il pense qu’un jour les lecteurs inconditionnels, comme nous, pourront les trouver plus facilement ?

Au Québec, on les trouve partout. C’est en Europe que c’est compliqué. Les romans québécois sont très mal distribués en Europe, j’ignore pourquoi. D’où l’intérêt que Fleuve réédite mes livres. Mais vous pouvez toujours commander mes romans sur le site de mon éditeur québécois, ou attendre les prochaines parutions chez Fleuve.

• Fleuve a fait des adaptations pour le public français, ça m’a un peu rebutée. Mais en quoi consistent ces changements ? Est-ce qu’il y en a beaucoup ? Est-ce que Monsieur Senécal a son mot à dire ? Si oui, sur l’ensemble ou sur chaque changement ? Que pense-t-il de ces changements ?

Ça, ç’a été très difficile pour moi. Depuis 10 ans, je refusais tout changement dans mes romans pour les éditions françaises, mais à cause de cela, je ne trouvais pas d’éditeurs français. Je me suis donc résigné. Mais les changements sont mineurs : quelques expressions trop québécoises sont rendues plus compréhensibles, etc. Et j’ai mon mot à dire sur chaque changement. Ceci dit, cela demeure québécois et on sent que tout cela se passe au Québec. Idéalement, j’aimerais évidemment qu’aucune modification soit faite, et je crois que le public européen comprendrait quand même. Mais, bon, c’est comme ça… Ceci dit, si j’ai du succès en Europe, on fera de moins en moins de changement dans les livres. Déjà, dans Aliss, il y en a moins.

• Ton prochain livre sortira probablement en fin de cette année…Un mot à nous dire à son sujet ?

Mon prochain roman au Québec sortira en novembre. Une chasse à l’hommes qui dure environ 36 heures, dans la petite ville de Drummondville. Beaucoup d’action. Le titre : « Il y aura des morts » Ça annonce le programme, je pense. 🙂

 

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2 commentaires sur « Interview Patrick Senécal – Juin 2017 »

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