Buczko – L. Hoarau – 2015

Extrait:

« Aujourd’hui, son visage, son corps, son âme souillés par l’accouplement destructeur a défait les traits éclatants de sa jeunesse. Moi, moi le profane, l’ignominie, le monstre de nombrilisme, je l’ai broyée sans la moindre pudeur. A présent, la babiole s’est renfermée dans son écrin, les mains en prière, dos à mon regard, fixant le mur gris en face d’elle.
La prendre avec douceur ou brutalité, c’est du pareil au même pour elle. Elle avait subi un acte dont elle n’avait même pas idée qu’il puisse exister. Pour elle, l’amour n’avait rien à voir avec ce genre d’amour. A son âge, un baiser, un câlin est un acte d’amour. Avoir mal n’était pas normal. Entendre dire « je t’aime » et voir du sang couler, était-ce ça aimer ?
je m’assois au bord de la couche, caresse les cheveux d’or. A ce contact je l’entends qui recommence à pleurer. Son corps se secoue de spasmes. Je sens sa peau se hérisser lorsque j’effleure ses bras. Elle a un geste de recul lorsque je la retourne complètement pour qu’elle se mette sur le dos. Sa respiration s’accélère au contact de mes mains essuyant son visage larmoyant. »

Mon synopsis:

Buckzo ou la confession d’un pédophile.
Buckzo est un jeune homme, totalement adultophobe ou même « vieillardophobe », asocial, atteint de TOC, avide de poudres en tout genre mais surtout avide de jeunes filles… De très jeunes filles.
Voilà quelques années, il a rencontré sur le net Gabriel, un bon père de famille bien sous tous rapports. Ils passent un contrat tacite. Un contrat terrible…
Buckzo chasse, rabat, abuse, profite de son côté, joue, les garde en vie…
Quant à Gabriel, il se pointe une fois par semaine pour assouvir toutes ses perversions.
Douze fillettes, douze victimes… jusqu’à la rencontre de Caroline 8 ans qui fera littéralement tout basculer…

Ce que j’en pense…

Loana, je l’ai croisée par hasard sur un groupe de lecture et nous avons longuement échangé non pas sur ses propres livres (je ne savais même pas qu’elle écrivait) mais sur un auteur dont nous sommes toutes les deux fans: Patrick Senécal.
En grande curieuse que je suis, j’ai forcément eu envie de découvrir son univers…et puis si elle est fan de Senécal c’est qu’on devait être sur la même longueur d’onde 😜

J’ai plongé dans ce livre tête baissée malgré le fait que j’étais prévenue. Je me doutais bien que cela n’allait pas être une simple balade. Je me doutais bien que cela allait être dur mais sincèrement je ne m’attendais pas à ça du tout.
Je ne m’attendais pas à me retrouver à ce point-là dans la tête, dans les moindres pensées les plus profondes d’un pédophile. Je ne m’attendais pas à ne plus pouvoir respirer et d’avoir même la nausée.
Ce n’est pourtant pas le premier livre que je lis à ce sujet. Ce n’est pas la première fois que je me retrouve dans les pensées les plus sombres de ce genre d’être abjecte mais là…comment dire ? Comment expliquer à quel point Loana a été capable de nous faire ressentir toutes les émotions de cet homme ?

Pas besoin de vous dire que c’est absolument abjecte, qu’il faut s’accrocher, que le fait de naviguer dans ses pensées, dans sa vision, dans sa perversion et même dans sa douleur et sa peine est dérangeant, percutant, terrifiant. Que Gabriel, ce Monsieur tout le monde, décrit avec beaucoup de réalisme,  qui se transforme en prédateur de la petite semaine est à vomir. Que chaque ligne est une émotion. Que chaque mot pénètre en toi au plus profond en te blessant comme un poignard…

Souvent je vous mets en garde dans mes chroniques en vous disant « âme sensible s’abstenir »  parce que c’est trash ou dur mais là c’est différent. Vraiment différent !
En tant qu’humain, en tant que femme pour ne pas dire en tant que mère…j’ai eu du mal…
Certains passages sont sans mot et l’on hésite presque à les zapper, à faire l’autruche pour ne pas voir cette REALITE !

Et pourtant dans toute cette horreur, je dois avouer avoir aussi été transportée par la douceur et l’amour…C’est un paradoxe me diriez-vous mais Buczko EST un paradoxe. Il est cet exemple même d’ambiguïté qu’il est difficile de vous expliquer là, sans spoiler quoi que ce soit.

Ce paradoxe est aussi clairement lié au style d’écriture de Laoana. Vif, percutant, spontané, sans fioriture dans le bon comme dans le mauvais. C’est cruel et beau à la fois.  Les mots se mettent bout à bout pour décrire des horreurs et pourtant chacun d’eux résonne comme une douceur.

« Grandir c’est pourrir ».
Ne pas vieillir. D’ailleurs les haïr tous ces vieux pourrissants. Caricatures de personnages, tranches de vie au travers de ses yeux…misérables vies…
« La faute à la poudre ».
Sa douleur, sa faiblesse mais aussi tout ce à quoi il aspire…l’amour
Parce que Buczko, il faut l’avouer sans en avoir honte, j’ai éprouvé pour lui de la compassion. Peut-être parce que justement je suis humaine et capable d’empathie peut-être comme nous le sommes tous même dans l’horreur ou surtout parce que Loana a réussi de main de maître à nous faire ressentir toutes les facettes de ce personnage.

Pas ou peu de parents, de leur douleur, de recherche, de police. Juste lui et elle. Juste son histoire à lui, comme une autobiographie dégoulinante, dérangeante. Et ces sensations qui nous envahissent…le dégout ? La haine ? La compassion ? La peine ? L’incompréhension ?

Il y a une question qui n’a par contre pas arrêté de me traverser l’esprit tout au long de cette lecture. Si moi, lectrice, j’étais à ce point atteinte. Comment l’auteur peut-il ressortir après avoir écrit cela ? Comment se sent-on après s’être mis à la place d’une telle personne… J’ose à peine penser…

La peur ne devrait jamais aller à personne comme un gant…

Pas besoin de vous dire que j’ai directement acheté ces deux autres livres: « Mathématiques du chaos » et « Soleil à Vazec ».
Pas besoin, non plus, de vous dire de vous précipiter sur ce livre édité en e-book mais aussi en papier, depuis peu.
Une chose est sûre, avec une telle plume, je ne vois pas comment on peut rester dans l’ombre !

 

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