La compassion du diable -F.M. Mitchelli – 2014

Extrait:

« Il ne sait pas encore comment il va s’appeler ni même ce qui sera son avenir. Son nom, qui deviendra tristement célèbre, il ne le porte pas encore. Il ne sait pas qui il est, il ne sait pas qu’il mutera plus tard en un redoutable tueur, un tueur sanguinaire, froid, un tueur qui aimera récidiver cet acte abominable qui consiste à briser des existences. Non, il ne sait même pas qui il est car il n’est pas encore né. Il mesure à peine dix millimètres et ressemble à un ver de farine recroquevillé sur lui-même. Rien à quoi il est malheureusement prédestiné ne lui effleure l’esprit, à cet instant-là, aucune image ne vient le frapper, ni le sens des mots « mort* ou « vie », absolument rien de ce qui sera son héritage génétique de futur meurtrier ne provoque de réaction en lui. Il est inerte. C’est un embryon de quatre semaines qui danse encore dans le ventre de sa mère, un zygote évolué qui cherche encore à se développer, comme s’il fallait déjà qu’il sauve sa peau au détriment de la vie des autres. Il entend la musique. Il danse au rythme des pas de sa mère, au rythme de sa vie, au rythme de ses cauchemars. Il nage dans la tiédeur du liquide amniotique, au rythme de ses songes dans lesquels baignent déjà tant d’horreurs. Il absorbe les sons, les vibrations, les clameurs, la douleur, le sang. Son cerveau, comme une éponge sèche, se gonfle des informations qu’il perçoit depuis ce monde qui se trouve avant le monde, depuis le seuil de cette porte qui le conduira dans quelques mois au point zéro de son existence terrestre. Les informations ne sont que violences, hurlements, terreur. Il perçoit les chocs, les vibrations des coups qui pleuvent sur sa mère. Les prémices de son destin s’articulent lentement dans sa gangue de chair et de sang, les balbutiements de sa vie prochaine, cette vie de dangereux criminel, celui qu’il deviendra, celui qu’il sera… »

Synopsis:

Deux histoires en parallèle qui forcément se rejoindront:

1981, Parc National de Cuyahoga, Ohio: Des forestiers découvrent, enterrés, deux conteneurs cylindriques en plastique bleu d’où émane une terrible puanteur. La police est dépêchée sur place et les inspecteurs Freddy Lawrence et Victoria Fletcher sont chargés de l’enquête. Une fois les conteneurs éventrés, l’horreur est encore plus grande que l’odeur. Dans chacun des fut, le cadavre d’un jeune homme momifié et démembré, sans doute là depuis plusieurs années. Et ce n’est que le début. Commence alors une course poursuite terrifiante après l’un des pires tueurs en série de l’histoire.

1963, Cleveland, Ohio: Blake à 21 ans et Blake va commettre son premier meurtre. Il suit jusque chez lui Steven, 17 ans, rencontré quelques heures plus tôt dans un bar, il monte, sonne à sa porte avec quelques bières et un billet de 10 dollars. Steven lui ouvre et jamais ne reverra la lumière du jour. 18 ans s’écoulent et les cadavres s’amoncellent…

Ce que j’en pense…

Un livre diabolique, terrifiant, épouvantablement horrible… S’inspirer de faits réels pour en faire une fiction est redoutable puisque forcément, l’horreur des crimes a encore plus d’impact. Je connaissais le « Cannibale de Cleveland », Jeffrey Dahmer mais je n’ai pu m’empêcher de scruter le net à la recherche de détails pour constater avec stupeur que Fabio Mitchelli n’avait pas inventé ou exagéré le sadisme des crimes. Je n’avais par contre jamais entendu parler de Anthony Sowell qui ne vaut pas beaucoup mieux d’ailleurs. Bref quoi qu’il en soit, un livre donc basé sur des faits réels mais à la sauce Mitchelli. Vous me direz…ouais c’est du tout cuit ! Facile ! Il n’a pas eu grand-chose à faire ! C’est du connu, du vu et revu comme j’ai pu le voir sur certaines critiques. Et bien NON, détrompez-vous. Il a réussi un tour de force en prenant justement ces faits réels en modifiant totalement le personnage pour en faire quelque chose de sans doute plus terrifiant encore que la réalité et ce n’est pas peu dire ! Un seul petit bémol, un imbroglio entre tous les acteurs de l’histoire un peu trop complexe et pas tout à fait réaliste. Une plume envoutante, voir poétique par moment. Un style fluide et pénétrant. Une psychologie forte et omniprésente. La sensation abjecte d’être dans la tête du tueur. Ressentir, sentir ce qu’il fait et pense…Avoir par moment une petite forme de compassion…la compassion du diable…et ne plus très bien comprendre ce qui nous arrive… Un suspense haletant ou l’on en vient à épier chaque phrase, chaque détail qui aurait pu être laissé pour trouver qui ? Mais qui est Blake ? On se dit c’est lui depuis presque le début…non c’est pas lui…c’est lui ? Ah ben non c’est l’autre jusqu’à ce que tout devienne clair. On se fait clairement mené en bateau avec maestria. Un super voyage musical qui au passage ne gâche rien 🙂

Bien aimé sa dernière phrase dans les remerciements :  » Ne devrions-nous pas, à un moment donné de notre vie, nous poser cette étrange question: « Qui suis-je réellement, ai-je vraiment exploré toutes les profondeurs de mon esprit ? Suis-je vraiment cette personne que je crois être ? » A la beauté du monde et à la magie de nos troubles…

Bref, je ne vais pas m’étaler plus longtemps. Vous l’aurez compris c’est un livre qui doit être lu sans aucunes excuses…âme sensible s’abstenir mais on aime tous ça non ?

Jeffery Dahmer & Anthony Sowell

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